La Guinée-Bissau bascule une fois encore dans la tourmente. Mercredi 26 novembre 2025, un groupe d’officiers a annoncé le renversement du président Umaro Sissoco Embaló, replongeant cette petite nation côtière dans l’instabilité chronique qui caractérise son histoire depuis un demi-siècle. Face à cette nouvelle crise, la Cédéao réagit rapidement en confiant une mission de médiation délicate au président du Conseil togolais.
Le putsch intervient à un moment particulièrement sensible. À la veille des résultats provisoires de la présidentielle de dimanche, les militaires ont décidé de prendre le pouvoir. Le général Horta Nta Na Man se retrouve propulsé à la tête d’une transition qui devrait durer un an, selon les annonces des nouveaux maîtres du pays.
Le contexte électoral était déjà explosif. Le scrutin opposait le président sortant Embaló à Fernando Dias, nouvelle figure de l’opposition politique très suivie dans le pays. Dès le premier tour, les deux candidats avaient revendiqué la victoire, alimentant la tension et la méfiance autour du processus. Cette double proclamation aura finalement servi de prétexte ou de catalyseur au coup de force militaire.
L’Union africaine et la Cédéao ont immédiatement condamné cette prise de pouvoir par les armes. Les deux organisations ont exigé la libération immédiate du président Embaló et des responsables électoraux arrêtés. Selon plusieurs sources, l’ancien chef d’État se serait réfugié au Congo Brazzaville, échappant ainsi à la détention.
Face à cette situation critique, la Cédéao a décidé de constituer un conseil de médiation pour tenter de dénouer la crise. Le choix s’est porté sur Faure Gnassingbé pour piloter cette mission complexe. Une désignation qui confirme la stature régionale et internationale du dirigeant togolais en matière de diplomatie et de résolution de conflits.
Cette nouvelle responsabilité s’ajoute à un agenda déjà chargé. Le président du Conseil togolais pilote actuellement, pour le compte de l’Union africaine, les efforts de médiation dans le conflit opposant la République démocratique du Congo au Rwanda. Une mission particulièrement ardue compte tenu des tensions régionales et des enjeux sécuritaires dans la région des Grands Lacs.
Pour la Guinée-Bissau, Faure Gnassingbé ne sera pas seul. Il sera accompagné de deux autres dirigeants ouest-africains reconnus pour leur expérience diplomatique. José Maria Neves, président du Cap-Vert, et Bassirou Diomaye Faye, président du Sénégal, complètent ce trio médiateur. Leur mission consistera à ramener les parties prenantes autour de la table et à trouver une issue pacifique à cette énième crise institutionnelle.
La tâche s’annonce particulièrement ardue. La Guinée-Bissau accumule les coups d’État depuis son indépendance en 1974. Ce dernier épisode constitue au moins le neuvième putsch ou tentative de putsch en un demi-siècle. Une instabilité chronique qui témoigne de la fragilité persistante des institutions et de la profondeur des fractures politiques.
Derrière ces crises à répétition se cachent des réalités bien plus sombres. Devenue un point stratégique pour les réseaux internationaux de trafic de cocaïne, cette petite nation voit sa vie politique profondément gangrenée par les intérêts du narcotrafic. Les analystes ne se font guère d’illusions. Selon eux, ce nouvel épisode ne devrait pas fondamentalement changer la donne.
Les intérêts liés au trafic de drogue continueront de peser lourdement sur la vie politique du pays, quel que soit le pouvoir en place. Cette réalité complique considérablement la mission des médiateurs. Ils devront composer avec des acteurs dont les motivations dépassent largement le cadre politique traditionnel.
Pour Faure Gnassingbé, cette nouvelle médiation représente à la fois un défi et une reconnaissance. Un défi car les chances de succès restent incertaines dans un pays où l’instabilité semble structurelle. Une reconnaissance car ce choix confirme la confiance que les instances régionales placent dans ses capacités de négociateur et de facilitateur de dialogue.
L’expérience acquise lors des précédentes médiations servira certainement dans ce nouveau dossier. Le président du Conseil togolais a démontré par le passé sa capacité à dialoguer avec des parties adverses, à trouver des compromis acceptables et à maintenir le cap diplomatique malgré les obstacles. Des qualités essentielles pour tenter de sortir la Guinée-Bissau de cette nouvelle impasse.
Cette multiplication des responsabilités de médiation confiées au président du Conseil togolais témoigne également d’un positionnement diplomatique réussi. Le Togo s’affirme progressivement comme un facilitateur crédible dans les crises régionales, capable de dialoguer avec tous les acteurs et de proposer des solutions pragmatiques. Une réputation qui se construit mission après mission, dossier après dossier.
