Dans une allocution solennelle prononcé devant le parlement, Faure Gnassingbé a tracé les contours de sa vision pour le Togo. Investi Président du Conseil par la majorité parlementaire le 3 mai 2025 et après sa formation du gouvernement le 8 octobre 2025, il a présenté ce mardi 2 décembre, les grandes orientations de son gouvernement dans le cadre de la Cinquième République togolaise.
L’ancien chef de l’État, désormais chef de gouvernement et des armées, a insisté sur la portée historique de la réforme constitutionnelle adoptée récemment. « Ce nouveau régime parlementaire que nous avons institué n’est pas une réforme technique. C’est une révolution de l’esprit public », a-t-il déclaré devant les parlementaires. Selon lui, cette transition vers un régime parlementaire moderne ne constitue pas un simple ajustement institutionnel mais une transformation profonde destinée à rapprocher le pouvoir des citoyens.

Face aux élus rassemblés, le Président du Conseil a affirmé avec force que le changement institutionnel doit se traduire par des résultats concrets. « Les disparités d’accès aux services de base, aux infrastructures, aux opportunités ne sont plus acceptables », a-t-il martelé. Il a évoqué la nécessité urgente de corriger les inégalités territoriales qui persistent entre les régions du pays. L’accès à l’éducation, la santé ou l’électricité ne doit plus dépendre du lieu de résidence.
Faure Gnassingbé a structuré son intervention autour de trois axes stratégiques résumés en trois verbes d’action. « Protéger, rassembler, transformer », tels sont les maîtres-mots qui guideront l’action gouvernementale. Chaque axe correspond à un enjeu majeur pour le développement du pays.

Sur le volet sécuritaire, l’allocution a souligné l’intensification des périls dans la sous-région. « La montée des périls régionaux, notamment au nord du pays, nous oblige à poursuivre et intensifier notre stratégie globale de sécurité », a reconnu le chef du gouvernement. Cette stratégie combine selon lui sécurité de proximité, résilience communautaire et développement intégré des zones vulnérables.
La dimension diplomatique occupe également une place centrale dans la feuille de route présentée. Le Togo ambitionne de maintenir son rôle de médiateur reconnu sur le continent africain. « La voix du Togo portera pour la paix, l’intégration régionale, le panafricanisme moderne », a assuré Faure Gnassingbé. Cette posture vise également à diversifier les partenariats économiques, notamment dans les secteurs stratégiques du numérique et de la transition énergétique.
Concernant la cohésion nationale, le Président du Conseil a appelé à dépasser les clivages politiques. « Dans une République parlementaire, l’opposition est une voix nécessaire, une vigie utile, une force de proposition que nous devons entendre », a-t-il déclaré en tendant la main aux forces d’opposition. Il a ajouté que la démocratie ne s’accommode pas du monologue mais s’enrichit du débat contradictoire. Cette ouverture marque une évolution notable dans le discours politique togolais.
La décentralisation constitue un autre pilier majeur du projet gouvernemental. « L’État ne peut pas tout faire depuis Lomé. Il doit faire confiance aux acteurs locaux, les soutenir, les accompagner », a affirmé le responsable gouvernemental. Les collectivités régionales et communales doivent selon lui devenir de véritables pôles de décision. Le Sénat nouvellement créé et les conseils régionaux élus sont appelés à jouer un rôle déterminant dans cette dynamique.
Sur le plan économique, le gouvernement compte accélérer la cadence malgré un contexte difficile. « Crise climatique, insécurité régionale, tensions géopolitiques, baisse de l’aide internationale », autant de défis énumérés par Faure Gnassingbé. Néanmoins, il s’est voulu rassurant en rappelant que le cadre macroéconomique reste sain. Dix grands chantiers ont été identifiés, couvrant l’éducation, la santé, l’emploi des jeunes ou encore la transition écologique.
L’innovation méthodologique constitue peut-être l’aspect le plus remarqué du discours. « Je veux que ce mandat soit jugé non sur ses intentions, mais sur ses résultats », a martelé le Président du Conseil. Il a annoncé la mise en place d’un tableau de bord gouvernemental pour suivre rigoureusement l’exécution des projets. Chaque ministre sera désormais engagé sur des objectifs clairs et mesurables. « Chaque projet doit avoir un calendrier, un budget, un responsable, et un suivi », a-t-il précisé.
Cette culture de la redevabilité s’étendra également aux relations entre l’exécutif et le législatif. « Les membres du gouvernement viendront devant cette Assemblée autant que nécessaire pour rendre compte, ajuster, corriger », a promis Faure Gnassingbé. Cette démarche vise à transformer les promesses en réalisations tangibles et mesurables.
Le volet justice n’a pas été oublé. Le Président du Conseil a annoncé des mesures de grâce concernant certaines catégories de détenus. « J’instruis, d’ores et déjà, le Ministre de la justice à me soumettre des mesures de grâce élaborées, sur la base des principes d’équité et de justice », a-t-il déclaré. Cette décision concerne notamment les personnes purgeant de longues peines pour délits mineurs, les détenus âgés ou gravement malades.
Toutefois, le chef du gouvernement a tenu à rassurer sur la fermeté qui sera maintenue. « Il ne s’agit en aucun cas de laxisme », a-t-il insisté, précisant que ces mesures ne concerneront ni les crimes de sang ni les atteintes graves à l’intégrité physique. « Une société forte ne se construit ni dans la faiblesse, ni dans la vengeance : elle se construit dans l’équilibre entre justice, humanité et responsabilité », a-t-il philosophé.
La modernisation du système judiciaire figure également parmi les priorités. L’objectif affiché consiste à garantir un accès au droit pour tous les citoyens, indépendamment de leur localisation géographique ou de leur condition sociale. Cette réforme s’accompagnera d’une lutte renforcée contre la corruption et d’une transparence accrue dans le fonctionnement des institutions.
En conclusion, l’allocution a appelé à une mobilisation collective. « Je vous propose un pacte : un pacte de loyauté envers la République, de solidarité envers nos concitoyens, de rigueur dans l’action », a lancé Faure Gnassingbé aux parlementaires. Il a insisté sur le fait que le régime parlementaire implique une responsabilité partagée entre l’exécutif et le législatif.
« Nous construisons aujourd’hui ensemble une République nouvelle. Une République d’équilibre, une République d’avenir », a-t-il conclu sous les applaudissements. Cette intervention marque indéniablement un tournant dans la vie politique togolaise. Reste à voir comment ces engagements de transparence et de redevabilité se traduiront dans les faits. Les prochains mois seront déterminants pour évaluer la capacité du nouveau gouvernement à tenir ses promesses devant les représentants du peuple togolais.
