Lomé accueille cette semaine le 9ème Congrès Panafricain, une rencontre qui interroge le futur du continent face aux institutions mondiales. Parmi les experts sollicités pour nourrir les réflexions, le Dr Michel Serge Kodom incarne une figure atypique. Médecin, communicateur et bâtisseur d’institutions, il représente cette génération de professionnels qui ne séparent plus l’action médicale de l’engagement politique.

L’ECOSOCC, organe consultatif de l’Union Africaine, l’a mandaté pour intervenir sur la santé et la sécurité alimentaire. Un choix qui reflète la trajectoire singulière de ce spécialiste des maladies infectieuses. Le Dr Kodom navigue entre plusieurs mondes à savoir celui du soin, de la diplomatie sanitaire et des médias spécialisés.
Sa création la plus visible reste AIMES-AFRIQUE, une ONG qui déploie des équipes médico-chirurgicales dans quinze pays. Cette structure a innové en rendant les soins mobiles, accessibles dans des zones souvent oubliées par les systèmes de santé classiques. L’accréditation obtenue auprès des Nations Unies et de l’ECOSOCC témoigne de la reconnaissance internationale de ce modèle.

Mais le Dr Michel Kodom ne limite pas son action au terrain. Il siège au Conseil d’Administration de Africa CDC, où se dessinent les stratégies sanitaires continentales. Il participe aussi aux groupes de travail sur des pathologies longtemps reléguées au second plan : maladies chroniques, santé mentale, conséquences des traumatismes. Des sujets qui émergent désormais comme des priorités de santé publique.
Son passage à la tête de la Commission Intersectorielle de l’ECOSOCC, entre 2014 et 2018, l’a placé au centre des discussions sur l’Agenda 2063. Ce plan ambitieux de l’Union Africaine cherche à transformer le continent d’ici quatre décennies.
Le médecin togolais a aussi compris le pouvoir de l’information. Avec SOS Docteur TV, il a créé la première chaîne africaine entièrement dédiée aux questions de santé. Diffusée sur Canal+ et diverses plateformes numériques, elle traduit sa conviction : l’éducation sanitaire peut changer les comportements et sauver des vies. Il a complété cette démarche par des outils pédagogiques adaptés aux jeunes, comme les Clubs Santé et le jeu « Génie Imhotep ».
Devant les participants du Congrès de Lomé, le Dr Kodom a déroulé un plaidoyer structuré. Selon lui, le renouveau africain passe nécessairement par des populations en bonne santé. Les infrastructures sanitaires demeurent insuffisantes, les personnels médicaux trop peu nombreux. Il a réclamé des investissements massifs dans ces domaines.
Le praticien a également évoqué la médecine traditionnelle africaine, trop souvent marginalisée. Il estime qu’elle mérite d’être étudiée, validée scientifiquement et intégrée dans les protocoles de soins. La recherche médicale africaine, sous-financée, doit trouver sa place dans les priorités budgétaires.
Sa proposition la plus audacieuse concerne peut-être la communication. Le Dr Michel Kodom invite à repenser les messages de prévention en les ancrant dans les réalités culturelles locales. Les campagnes standardisées, importées de l’extérieur, échouent souvent parce qu’elles ignorent les codes sociaux africains.
Sur la scène internationale, le médecin appelle l’Afrique à hausser le ton. Les institutions multilatérales doivent refléter les besoins du continent, pas seulement ceux des puissances établies. Cette réforme exige une Afrique unie, capable de porter des positions communes.
Le message délivré par le Professeur Honoraire Dr Michel Serge Kodom est un programme d’action. Il trace les contours d’un continent qui refuse la passivité et revendique le droit de définir ses propres solutions sanitaires.
