Pour la troisième année consécutive, le gouvernement togolais publie son Document de Budget Vert, annexé au projet de loi de finances 2026. Cette édition franchit un palier que les deux précédentes n’avaient pas atteint, elle soumet la totalité des ministères et institutions de la République à une évaluation systématique de leurs crédits sous l’angle du climat et de l’environnement.
Tout a commencé en 2024 avec neuf ministères pilotes, choisis pour leur exposition aux effets du dérèglement climatique et leur capacité à réduire les émissions. L’année suivante, le périmètre s’est élargi à vingt-quatre entités gouvernementales. Avec le budget 2026, la couverture ne présente plus aucune lacune. Aucun département ne reste en dehors de l’exercice de cotation.
Pour saisir l’enjeu de cette réforme, il faut regarder les données d’émission du pays. Entre 1995 et 2018, les rejets de gaz à effet de serre du Togo ont été multipliés par 3,32, de 12 314 gigagrammes équivalent CO₂ en 1995, ils ont atteint 40 991 en 2018. Le secteur de la foresterie et de l’utilisation des terres en est le premier responsable, suivi par l’énergie, dont les émissions ont quadruplé sur la période sous l’effet de l’essor du parc automobile. L’agriculture, pilier de l’économie togolaise, a multiplié les siennes par 2,39. Face à ces tendances, le pays s’est engagé, dans ses Contributions Déterminées au niveau National révisées en 2021, à réduire ses émissions de 50,57 % d’ici à 2030.
Tenir cet objectif a un coût. Les mesures prévues dans ces Contributions sont évaluées à plus de 5,5 milliards de dollars américains pour la décennie 2020-2030. L’État seul ne peut en supporter la charge. Il a donc fait le choix de transformer son budget en outil de pilotage, en rendant visible, dans chaque ligne de dépense, ce qui va dans le sens du climat et ce qui s’en éloigne.
C’est le principe de la budgétisation verte. Le Document de Budget Vert attribue à chaque activité, projet ou programme une cotation selon cinq niveaux : « favorable », « défavorable », « neutre », « mixte » ou « non coté ». Six marqueurs servent de grille d’analyse. Deux d’entre eux relèvent de l’axe climatique, distinguant l’adaptation aux effets des changements en cours de leur atténuation à la source. Les quatre restants couvrent l’axe environnemental selon les segments biodiversité, eau, pollution et déchets.
Les chiffres de l’exercice 2026 dressent un tableau précis. Sur l’ensemble du budget de l’État, 9 % des dépenses sont cotées favorables au climat ou à l’environnement, contre 3,3 % identifiées comme défavorables. Par axe, 7,3 % des crédits vont à la lutte contre les changements climatiques et 1,8 % à la protection de l’environnement au sens strict.
Ces proportions prennent tout leur relief en regard des données d’exécution de 2025. Sur les neuf ministères pilotes, les crédits alloués aux dépenses vertes représentaient 431,6 milliards de francs CFA, 26,38 % des dépenses budgétaires totales de l’État. À mi-parcours, le taux de réalisation de l’axe climatique atteignait 13,33 % et celui de l’axe environnemental 16,60 %. Pour l’ensemble des vingt-quatre ministères et institutions de cette même année, l’enveloppe prévisionnelle était de 157,6 milliards de francs CFA, avec un taux d’exécution global de 5,73 % au terme du premier semestre.
L’édition 2026 apporte une innovation méthodologique. Pour la première fois, les dépenses fiscales, exonérations et avantages accordés par l’État, entrent elles aussi dans le périmètre du marquage vert. Cette extension rend possible une vérification que les éditions précédentes ne permettaient pas. Il s’agit de savoir si les régimes d’exception fiscale soutiennent les objectifs environnementaux ou, à l’inverse, les contredisent.
Le cadre réglementaire qui sous-tend l’ensemble du dispositif repose sur la loi organique relative aux lois de finances et sur le code de transparence dans la gestion des finances publiques. La démarche répond par ailleurs à trois axes de la Feuille de route gouvernementale 2020-2025, le projet P35 sur la réponse aux risques climatiques, le P36 sur la mobilité verte et la réforme R6 portant sur la mise à jour de la législation environnementale.
Sur le plan international, l’initiative prend appui sur l’Accord de Paris et l’Agenda 2030 des Nations Unies. Elle prolonge également les travaux entamés en 2022 avec la réalisation d’une évaluation PEFA Climat, un diagnostic alors inédit dans la sous-région ouest-africaine, fondé sur la méthodologie C-PIMA, un outil du Fonds Monétaire International pour évaluer la gestion des investissements publics sous le prisme climatique.
Trois partenaires accompagnent la réforme. La Banque mondiale intervient via le Projet de Mobilisation et d’Adaptation pour un Développement Durable (PMADS). Le FMI et le Programme des Nations Unies pour le Développement apportent leur appui technique.
Les perspectives tracées dans le document indiquent que le dispositif n’est pas figé. Les autorités envisagent d’intégrer les recettes fiscales et non fiscales dans le périmètre du marquage, de renforcer l’analyse des risques budgétaires liés aux chocs climatiques, et d’associer davantage les parties prenantes environnementales au dialogue de gestion ministérielle.
Le suivi de l’exécution des dépenses vertes, lui, reposera sur les rapports trimestriels d’exécution budgétaire, les rapports annuels de performance et la loi de règlement.
