Le Togo entend renforcer la présence de ses langues nationales dans l’univers de l’intelligence artificielle (IA). Présentée au sommet AI for Good à Genève, cette ambition repose sur la création de modèles capables de comprendre, de traduire et de restituer plusieurs langues parlées dans le pays. L’objectif est de rendre les services numériques plus accessibles tout en donnant une visibilité accrue aux langues africaines, encore peu représentées dans les systèmes d’IA.
Pour concrétiser cette ambition, Togo AI Lab, la plateforme africaine Zindi et l’entreprise togolaise Umbaji unissent leurs compétences autour d’un projet fondé sur des technologies ouvertes. Cette démarche accompagne la stratégie nationale dédiée à l’intelligence artificielle. Elle vise à développer des outils numériques adaptés aux réalités linguistiques du pays, afin que les citoyens puissent interagir avec les services publics dans leur langue.
Le projet prévoit la mise en place d’une plateforme open source destinée à recueillir des données vocales et textuelles auprès des communautés locales. Les partenaires ambitionnent de réunir au moins 50 heures d’enregistrements validés ainsi que 6 000 paires de phrases traduites pour chacune des cinquante langues nationales. Parmi celles-ci figurent notamment l’éwé, le mina (Gen), le kabyè, le tem (Kotokoli), le moba, le gourmantchéma (Gourma), le bassar (Ntcham), le losso (Naoudem), l’akposso ou encore l’ana-ifè.
Ces ressources serviront à concevoir des modèles d’intelligence artificielle spécialisés dans la reconnaissance vocale, la synthèse de la parole et la traduction automatique. Quatre compétitions internationales seront organisées sur la plateforme Zindi afin de mobiliser des spécialistes de la science des données et de l’apprentissage automatique. Une enveloppe globale de 40 000 dollars récompensera les meilleures propositions.
Cette démarche répond aussi à un défi relevé par l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO). De nombreuses langues africaines demeurent peu présentes dans les bases de données utilisées pour entraîner les systèmes d’intelligence artificielle. Cette situation limite leur prise en compte par les assistants numériques, les plateformes de traduction et d’autres applications reposant sur ces technologies.
Le partenariat entre le Togo et Zindi ne date pas d’aujourd’hui. En 2024, le ministère chargé du Numérique avait déjà lancé, avec cette plateforme, une compétition exploitant des données démographiques et géospatiales afin d’estimer les besoins en infrastructures de fibre optique. Plusieurs participants distingués à cette occasion avaient ensuite rejoint les équipes de Togo AI Lab.
La ministre de l’Efficacité du service public et de la Transformation numérique, Cina Lawson, souligne la portée de cette démarche. « Nous considérons les modèles linguistiques comme une infrastructure publique essentielle pour l’ère numérique. En collectant des données audio et textuelles locales et en mobilisant la communauté de Zindi, nous créons des outils d’IA souverains, sûrs et inclusifs », a-t-elle déclaré.
Même constat du côté de Zindi. Sa directrice générale, Celina Lee, rappelle que « trop de langues africaines restent sous-représentées ». Elle estime que le rapprochement entre les communautés locales, les données ouvertes et le réseau international de spécialistes de l’intelligence artificielle permettra de mieux refléter la diversité linguistique du Togo dans les futures technologies développées sur le continent.
Créée en 2018, Zindi réunit aujourd’hui une communauté de plus de 100 000 spécialistes répartis dans plus de 180 pays. Pour sa part, Umbaji possède déjà une expérience de la collecte de données multilingues grâce à des projets réalisés dans six pays africains couvrant onze langues. Ce savoir-faire contribuera à la constitution de ressources linguistiques destinées aux futurs outils numériques développés pour le Togo.
