La visite du Mouvement des femmes Unir (MFU) auprès de patientes atteintes du cancer du sein, lundi 17 août 2026, au Centre Hospitalier Universitaire Sylvanus Olympio (CHU-SO), remet en lumière une réalité sanitaire qui dépasse le seul cadre médical. Au Togo, la découverte tardive de la maladie reste fréquente, alors que le diagnostic précoce améliore nettement les possibilités de traitement et de survie.

Pendant plusieurs heures, la délégation du Bureau national du Mouvement des femmes Unir a échangé avec des femmes prises en charge au service de gynécologie-obstétrique du CHU-SO. Conduite par Raymonde Kayi Lawson, déléguée nationale du mouvement, elle leur a apporté un soutien moral ainsi qu’une assistance financière destinée à répondre à certains besoins liés à leur prise en charge.
« Aujourd’hui nous avons décidé de venir au CHU SO pour rendre visite à nos mamans et sœurs atteintes du cancer du sein. Le cancer du sein étant devenu un problème de santé publique, il est important que nous apportions du réconfort aux victimes à chaque fois que nous le pouvons », a déclaré Raymonde Kayi Lawson.
La démarche intervient alors que les données disponibles sur la maladie au Togo soulignent l’importance du diagnostic précoce. Une étude publiée en 2025 sur 282 patientes prises en charge pour un cancer du sein au CHU Sylvanus Olympio entre 2019 et 2023 relève que 75 % des cancers du sein étaient découverts tardivement. Le délai moyen avant consultation atteignait 6,1 mois. Parmi les patientes étudiées, 42,5 % avaient reçu une chimiothérapie et 12,4 % avaient subi une mastectomie.

Ces chiffres donnent une portée particulière au message de prévention porté lors de la visite. Pour les femmes concernées, la question ne se limite pas à l’accès aux soins une fois le diagnostic posé. Le moment auquel la maladie est identifiée joue aussi un rôle déterminant dans le parcours thérapeutique.
« La première guérison de toute maladie c’est le dépistage précoce. Le cancer du sein aussi est un mal dont on peut guérir lorsqu’on arrive à se faire diagnostiquer très tôt, bien avant que les symptômes apparaissent », a poursuivi Raymonde Kayi Lawson, invitant les femmes à se faire dépister régulièrement.

Le cancer du sein demeure le premier cancer féminin au Togo selon les données disponibles. Les estimations issues de Globocan pour 2020 lui attribuaient une incidence de 30,7 cas pour 100 000 habitants. Une étude publiée dans les Études Togolaises le classait également au premier rang des cancers féminins au regard de l’incidence et de la mortalité.
À l’échelle mondiale, la maladie conserve aussi une place prépondérante. Selon l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), environ 2,4 millions de femmes ont reçu un diagnostic de cancer du sein en 2024 et 694 000 décès ont été attribués à la maladie. L’organisation souligne que la détection précoce, associée à un traitement complet, constitue l’un des leviers essentiels pour réduire la mortalité.
Au Togo, les difficultés apparaissent également dans le parcours qui sépare les premiers symptômes du début du traitement. Des travaux présentés en 2025 sur des patientes suivies au CHU Sylvanus Olympio montrent que 39,4 % d’entre elles avaient consulté plus de six mois après l’apparition des premiers signes. Le délai médian entre la consultation et la confirmation du diagnostic atteignait 45 jours, puis 60 jours entre le diagnostic et le début du traitement.
Ces délais traduisent les obstacles qui peuvent se cumuler autour de la maladie, entre accès aux examens, ressources financières, connaissance des symptômes et recours parfois tardif aux structures spécialisées. Ils expliquent aussi pourquoi l’accompagnement social conserve une place dans le parcours des patientes.
Au CHU Sylvanus Olympio, le service social intervient déjà auprès de patients qui rencontrent des difficultés à assumer certaines dépenses liées aux soins. Pour les femmes atteintes de cancer du sein, l’aide matérielle peut ainsi compléter la prise en charge médicale sans s’y substituer.
La visite du MFU a également été l’occasion pour les bénéficiaires de remercier les pouvoirs publics pour les dispositifs de prise en charge dont elles bénéficient et d’appeler, à leur tour, les femmes à ne pas différer une consultation ou un dépistage.
La dimension politique de l’action n’a pas été occultée. Raymonde Kayi Lawson a rappelé que le Mouvement des femmes Unir appartient à un parti politique, tout en présentant cette intervention comme une action humanitaire auprès de femmes confrontées à la maladie.
Au-delà de cette visite ponctuelle, les données disponibles montrent que la lutte contre le cancer du sein repose sur plusieurs maillons. La sensibilisation doit favoriser une consultation plus rapide. Le diagnostic doit intervenir dans des délais compatibles avec une prise en charge efficace. Les traitements doivent ensuite rester accessibles aux patientes.
Dans ce parcours, le soutien apporté aux femmes hospitalisées répond à une dimension souvent moins visible de la maladie. Il ne remplace ni le dépistage ni les traitements, mais rappelle que la prise en charge d’un cancer ne se réduit pas aux actes médicaux. Pour les patientes, l’accompagnement moral, social et financier peut aussi peser dans la capacité à poursuivre les soins.
