Le lancement de l’initiative mondiale « Alerte précoce pour tous » ouvre au Togo un chantier consacré à l’anticipation des catastrophes. L’enjeu ne porte plus seulement sur la capacité à détecter un risque, mais sur la faculté de transmettre rapidement une information fiable aux populations et de déclencher une réponse adaptée.
Réunis le 20 août à Lomé pour un atelier de deux jours, les acteurs togolais de la protection civile, de la météorologie, de la gestion des risques et leurs partenaires ont commencé à définir une feuille de route nationale. Celle-ci doit préciser les responsabilités, le calendrier d’exécution et les indicateurs de suivi.
L’initiative « Early Warnings for All » a été lancée en 2022 par le secrétaire général des Nations unies, António Guterres. Elle vise à faire en sorte que chaque personne dans le monde puisse bénéficier d’un système d’alerte précoce face aux phénomènes météorologiques, hydrologiques ou climatiques dangereux d’ici à 2027. Le dispositif repose sur quatre piliers, qui vont de la connaissance des risques à la préparation et à la réponse, en passant par la surveillance et la diffusion des alertes.
Pour le Togo, ce chantier vient prolonger des efforts déjà engagés. Le pays a développé ces dernières années ses capacités météorologiques et hydrologiques, ainsi que les mécanismes de coordination entre les services concernés. Selon l’Organisation météorologique mondiale, les investissements réalisés dans le cadre du programme Climate Risk and Early Warning Systems ont contribué au renforcement des institutions nationales, à la cartographie des risques et à la diffusion d’informations climatiques auprès des communautés. La proportion de ménages qui reçoivent et utilisent ces informations est passée de 20 % à 57 %.
La prochaine phase porte donc sur la connexion de ces différents maillons. Une prévision météorologique ne devient une mesure de protection que si elle parvient à temps à la personne exposée et si celle-ci sait quelle décision prendre. C’est précisément sur cette chaîne que le nouvel atelier veut agir.
Manuel Tahyo, coordonnateur Afrique du pilier consacré à la diffusion et à la communication des alertes, a mis en avant le rôle des technologies numériques. « L’alerte se fait par un système de diffusion cellulaire qui alarme les populations en cas de catastrophe imminente. On utilise également les autres canaux traditionnels pour communiquer », a-t-il expliqué.
La téléphonie mobile constitue ainsi l’un des outils envisagés pour toucher rapidement les populations situées dans les zones exposées. Le dispositif ne repose toutefois pas sur un seul moyen de communication. Les canaux traditionnels conservent leur place afin de tenir compte des réalités locales et des différences d’accès aux technologies.
Le secrétaire général du ministère de la Sécurité et de la Protection civile, le commissaire divisionnaire de police Kadja Hodabalo-Pitemnéwé, a placé cette évolution sous le signe de l’anticipation. « Notre ambition est celle du Président du Conseil, celle de faire du Togo un pays mieux préparé, mieux informé et mieux protégé face aux catastrophes », a-t-il déclaré.
Il a également résumé la transformation recherchée par les autorités en ces termes, « passer de la réaction à l’anticipation, de la gestion de la catastrophe à la gestion du risque, de l’alerte comme information à l’alerte comme outil de décision et de protection ».
Cette orientation prend une résonance particulière après les épisodes de fortes pluies qui ont touché plusieurs pays de la sous-région au cours des derniers mois. Les épisodes de précipitations intenses, les inondations et les autres phénomènes météorologiques extrêmes posent des risques directs pour les populations, les infrastructures, les activités agricoles et les moyens de subsistance.
À l’échelle mondiale, l’urgence reste également forte. L’Organisation des Nations unies indique que 119 pays disposaient en 2025 d’un système d’alerte précoce multirisque, soit plus du double du niveau observé en 2015. Des écarts persistent toutefois, notamment dans les pays les plus vulnérables. Le plan d’action international prévoit 3,1 milliards de dollars d’investissements sur cinq ans pour renforcer la connaissance des risques, les capacités de prévision, la diffusion des alertes ainsi que la préparation et la réponse.
Le Togo cherche déjà à mobiliser de nouveaux financements pour consolider ces capacités. Les résultats des programmes précédents ont contribué à l’approbation d’un projet de 25 millions de dollars du Fonds vert pour le climat destiné à élargir les actions de résilience et d’alerte précoce à l’échelle nationale. Le pays prépare également une feuille de route spécifique à l’initiative « Alerte précoce pour tous », destinée à recenser les besoins encore non couverts et à coordonner les investissements futurs.
L’atelier ouvert jeudi doit ainsi déboucher sur un cadre opérationnel. Sa portée se mesurera moins à la création de nouveaux dispositifs qu’à leur capacité à fonctionner ensemble, depuis l’identification d’un danger jusqu’à la décision prise sur le terrain. L’objectif reste de réduire le délai entre la détection d’un risque, la transmission de l’alerte et la mise en sécurité des populations.
