Le Togo veut approfondir sa coopération avec la Chine dans le secteur des médias, avec une orientation portée par le gouvernement sous l’autorité de Faure Essozimna Gnassingbé, Président du Conseil. À Beijing, la ministre de la Communication et des médias, Yawa Kouigan, a détaillé trois priorités qui touchent à la modernisation des médias publics, au renforcement des compétences et à la coproduction de contenus. Elle a également placé l’intelligence artificielle et l’open source parmi les pistes susceptibles de répondre aux besoins des publics africains.
Invitée au 7e Forum sur la coopération des médias sino-africains, la ministre a présenté une approche qui cherche à donner davantage de contenu à la coopération audiovisuelle entre les deux parties. « Du point de vue du Togo, nous souhaitons l’enrichir sur trois axes principalement », a-t-elle expliqué.
Le premier concerne la modernisation de l’écosystème médiatique, avec une attention particulière portée aux médias publics togolais. Le deuxième vise les compétences des journalistes, des techniciens, des professionnels du numérique et des acteurs de l’audiovisuel. Le troisième repose sur la coproduction, avec l’idée de réunir les professionnels chinois et africains autour de projets communs.
Cette dernière dimension occupe une place particulière dans le discours de la ministre. Produire ensemble doit permettre, selon elle, de croiser les regards et d’enrichir les contenus consacrés aux réalités des deux espaces. La coopération ne porterait donc plus uniquement sur la circulation de contenus, mais aussi sur leur conception.
L’intelligence artificielle apparaît dans cette réflexion comme un autre levier. Interrogée sur les particularités de la technologie chinoise et sur l’intérêt d’une coopération accrue avec Beijing, Yawa Kouigan a posé la question de l’accès aux technologies.
« On a souvent parlé de réduire la fracture numérique, mais comment la réduire si tout le monde se cache derrière son paravent ? », a-t-elle déclaré. Elle estime que le développement de solutions d’intelligence artificielle en open source pourrait aider à réduire certaines barrières linguistiques et à concevoir des applications davantage adaptées aux réalités africaines.
Le propos touche à un enjeu qui dépasse les seuls médias. La capacité à disposer d’outils adaptés aux langues, aux usages et aux besoins locaux conditionne aussi l’appropriation des technologies numériques. Pour les professionnels de l’information, cela concerne autant les outils de production que ceux liés à la diffusion et à l’adaptation des contenus.
Cette transformation suppose cependant des compétences. C’est pourquoi la formation constitue l’un des trois axes avancés par la ministre. Journalistes, techniciens, professionnels du numérique et acteurs de l’audiovisuel sont tous concernés par cette montée en capacité.
L’autre enjeu défendu à Beijing est celui du récit sur l’Afrique. Interrogée sur l’histoire africaine qui mérite, selon elle, d’être mieux connue dans le monde, Yawa Kouigan répond par une formule claire, « le récit d’une Afrique qui agit ».
La ministre ne nie pas les crises qui occupent une place importante dans la couverture internationale du continent. Elle estime toutefois qu’elles ne peuvent résumer à elles seules les réalités africaines. « Nous avons une Afrique de la jeunesse, de l’innovation, de l’entrepreneuriat, des femmes », a-t-elle souligné.
Cette question rejoint directement celle de la coproduction. La multiplication de contenus conçus conjointement peut favoriser des regards différents sur les sociétés africaines et chinoise. Elle peut aussi permettre aux médias africains de participer davantage à la construction des récits diffusés auprès des publics internationaux.
La dimension humaine de la relation sino-africaine constitue enfin un autre volet de l’entretien. L’année 2026 est consacrée aux échanges humains et culturels entre la Chine et l’Afrique, donnant une place particulière aux initiatives destinées à rapprocher les populations.
Yawa Kouigan attribue aux médias un rôle direct dans cette dynamique. « Le volet médiatique ne se superpose pas à la coopération : il est au cœur de la coopération », a-t-elle déclaré. À ses yeux, les médias participent à la connaissance mutuelle, à la confiance et au rapprochement entre les peuples.
Reste désormais à transformer les orientations exposées à Beijing en dispositifs concrets. Modernisation des médias publics, programmes de formation, accès aux technologies d’intelligence artificielle et projets de coproduction constituent les principaux champs évoqués par la ministre.
Le message adressé au public chinois résume cette volonté de donner un contenu plus concret à la relation. « L’Afrique et la Chine ont une longue tradition d’amitié. Aujourd’hui, il est de notre responsabilité, à nous qui sommes là, d’écrire la nouvelle page de cette amitié et de l’écrire avec ce que nous voulons qu’elle contienne », a-t-elle déclaré.
