La contestation contre Gianni Infantino gagne du terrain. Après les critiques venues de plusieurs confédérations et fédérations nationales, d’anciennes figures du football mondial prennent à leur tour position sur la gouvernance de la FIFA. Parmi elles, Didier Drogba et Emmanuel Adebayor ont rejoint les voix qui réclament un changement, tandis que Samuel Eto’o continue de défendre le président de l’instance mondiale et le projet commercial qu’il a finalement retiré.
La crise a pris une nouvelle dimension depuis l’abandon, le 1er août, du projet FIFA Forward Enterprise. Gianni Infantino envisageait de créer une entité commerciale chargée de gérer certains droits liés aux compétitions de la FIFA, avec l’entrée d’investisseurs privés au capital. Le projet devait notamment permettre de lever plusieurs milliards de dollars. Il a suscité une forte opposition au sein du football mondial avant son retrait.
Quelques semaines plus tard, la contestation s’est déplacée vers le terrain de la gouvernance. Le 20 août, une coalition internationale d’associations de supporters a lancé une pétition réclamant la démission du président de la FIFA ainsi qu’une réforme profonde de l’organisation. Football Supporters Europe, Football Supporters Africa et l’Independent Supporters Council nord-américain figurent parmi les organisations à l’origine de cette démarche, aux côtés d’une quarantaine de groupes nationaux de supporters.
La pétition reproche notamment à la FIFA une concentration excessive du pouvoir autour de sa présidence et demande davantage de transparence, de contrôle institutionnel et de participation des différents acteurs du football aux décisions qui engagent l’avenir du sport.
La mobilisation des supporters intervient alors que la contestation institutionnelle s’est elle aussi renforcée. L’Union des associations européennes de football (UEFA) a annoncé avoir perdu confiance dans la présidence d’Infantino. La Confédération asiatique de football (AFC) et la Confédération de football d’Amérique du Nord, d’Amérique centrale et des Caraïbes (CONCACAF) ont également exprimé de fortes réserves. Plusieurs fédérations nordiques ont, le 23 août, déclaré ne plus avoir confiance dans le président de la FIFA et appelé à un examen indépendant de la gouvernance de l’organisation.
Une éventuelle procédure de défiance est désormais évoquée par plusieurs acteurs du football international. Elle pourrait prendre une dimension politique avant le prochain Congrès électif de la FIFA, prévu en mars 2027 à Rabat. Infantino, qui brigue un quatrième mandat, reste toutefois soutenu par plusieurs fédérations membres.
La fracture est particulièrement visible parmi les anciennes gloires du football africain. Didier Drogba figure parmi les personnalités qui ont signé une déclaration appelant à un changement de gouvernance. Emmanuel Adebayor apparaît également parmi les anciennes vedettes qui ont pris leurs distances avec la direction actuelle de la FIFA.
Leur position rejoint celle d’anciennes stars européennes et sud-américaines. Emmanuel Petit, Bixente Lizarazu, Robert Pirès, Juan Sebastián Verón et d’autres anciens internationaux ont dénoncé la manière dont certaines décisions ont été prises au sommet de la FIFA. Leur déclaration réclame une participation plus directe des joueurs et des supporters aux choix qui façonnent l’avenir du football.
La réponse de Samuel Eto’o est tout autre. Le président de la Fédération camerounaise de football (FECAFOOT) a publiquement défendu Gianni Infantino. Il considère que le projet abandonné pouvait constituer une occasion de renforcer le poids du football africain dans l’économie mondiale du sport.
« Je reste convaincu que, pour nous Africains, ce projet aurait pu être quelque chose d’incroyable », a déclaré Samuel Eto’o, estimant qu’il aurait pu contribuer à rééquilibrer les rapports de force entre les grandes puissances du football.
L’ancien attaquant camerounais a aussi regretté le retrait du projet. « Je salue le courage qu’il a eu de retirer ce projet, même si, personnellement, je ne pense pas que ce projet soit mauvais », a-t-il expliqué, plaidant pour que les fédérations puissent débattre et que la majorité tranche.
Cette position intervient alors que l’Afrique reste un soutien important de Gianni Infantino. Depuis son arrivée à la présidence de la FIFA en 2016, l’instance affirme avoir consacré plus d’un milliard de dollars au développement du football africain sur la période allant jusqu’à 2026. Le continent bénéficie aussi d’une représentation accrue dans les compétitions mondiales, avec neuf places garanties pour la Coupe du monde 2026, auxquelles pourrait s’ajouter une dixième selon les résultats des barrages.
Infantino dispose donc encore de relais solides en Afrique, malgré la contestation qui s’étend dans d’autres régions. Son bilan sur le développement du football constitue l’un des arguments avancés par ses soutiens, alors que ses détracteurs mettent l’accent sur la méthode de gouvernance et sur le projet de recours aux capitaux privés.
La bataille ne se limite d’ailleurs plus au projet FIFA Forward Enterprise. Elle porte désormais sur la conception même du pouvoir au sein de l’organisation. Le débat oppose ceux qui mettent en avant les investissements, l’élargissement des compétitions et les ressources supplémentaires promises aux fédérations à ceux qui réclament davantage de contrôle collectif sur les décisions de l’instance.
Le président de la FIFA reçoit aussi un soutien nouveau. Le 26 août, les anciennes stars argentines Javier Zanetti, Esteban Cambiasso et Javier Pastore ont publié une déclaration commune en sa faveur. Ils estiment que la FIFA a davantage associé les joueurs à ses travaux au cours de la dernière décennie, notamment au sein de comités, de groupes de travail et de différents projets.
Cette prise de position intervient alors que le front critique cherche à élargir sa mobilisation. Elle illustre aussi la difficulté pour les opposants à Infantino de construire une position commune parmi les anciennes générations du football.
À quelques mois de l’élection présidentielle de la FIFA, les lignes commencent ainsi à se dessiner. Les confédérations, les fédérations, les associations de supporters et les anciennes vedettes du football prennent position sur une question qui dépasse désormais le seul sort du projet commercial abandonné. La prochaine bataille portera aussi sur le modèle de gouvernance de l’organisation et sur la place que les joueurs et les supporters pourront occuper dans les décisions du football mondial.
