La participation de Faure Essozimna Gnassingbé au 26ᵉ sommet de l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS), à Bichkek, place le Togo au cœur d’un espace où se rencontrent plusieurs puissances d’Asie et d’Eurasie. Pour Lomé, ce rendez-vous offre surtout l’occasion de consolider des relations déjà engagées avec certains membres de l’organisation et d’ouvrir de nouveaux débouchés économiques.
Le choix de Bichkek prend d’autant plus de relief que le Togo figure, avec l’Égypte, parmi les deux pays africains invités au sommet. Cette présence donne à Faure Gnassingbé une tribune pour porter des préoccupations africaines dans les échanges consacrés à la sécurité, à la coopération économique et à l’évolution de la gouvernance mondiale.
Les discussions doivent notamment aborder la lutte contre le terrorisme et la cybercriminalité, des sujets qui présentent un intérêt direct pour l’Afrique de l’Ouest. Le sommet constitue également un espace de dialogue sur les transformations du système financier international et sur les moyens de renforcer les échanges entre les pays du Sud.
Mais l’intérêt de cette participation se mesure aussi à l’aune des relations que le Togo entretient déjà avec plusieurs puissances représentées dans l’environnement de l’OCS. La Chine occupe une place particulière dans cette dynamique. Les échanges commerciaux entre les deux pays ont atteint 5,4 milliards de dollars en 2025, en progression de 55 % sur un an. Cette évolution est notamment liée à la hausse des exportations togolaises vers le marché chinois.
La relation avec Moscou connaît également un rapprochement. Faure Gnassingbé avait rencontré Vladimir Poutine à Moscou en novembre 2025. Les deux pays travaillent par ailleurs au renforcement de leur représentation diplomatique. L’Inde constitue elle aussi un partenaire dont les liens avec le Togo offrent des perspectives dans les domaines du commerce, de la technologie et de l’investissement.
La présence à Bichkek permet ainsi de donner une dimension multilatérale à des relations jusque-là principalement bilatérales. Pour le Togo, l’enjeu peut porter sur l’accès à de nouveaux financements, le développement des infrastructures, les transferts de technologies et l’ouverture de marchés supplémentaires aux productions nationales.
Cette orientation rejoint une politique de diversification des partenariats extérieurs. Lomé maintient ses relations avec ses partenaires occidentaux tout en renforçant ses liens avec les puissances asiatiques et eurasiatiques. L’objectif est de disposer de plusieurs canaux de coopération et de ne pas concentrer les intérêts économiques et diplomatiques du pays autour d’un nombre limité de partenaires.
Le rapprochement avec le Kirghizistan illustre cette démarche. Lors d’une précédente visite à Bichkek, plusieurs accords et mémorandums avaient été conclus dans des secteurs tels que le numérique, l’investissement, l’éducation, la santé et l’agriculture. Le sommet de l’OCS offre désormais un cadre plus large pour prolonger cette ouverture.
La dimension africaine reste également présente. L’organisation cherche à développer ses relations avec l’Union africaine, ce qui pourrait créer de nouveaux espaces de coopération entre les deux ensembles. La présence du Togo dans ces discussions peut lui permettre de relayer certaines priorités régionales tout en recherchant des opportunités concrètes pour son économie.
À Bichkek, Faure Gnassingbé se retrouve ainsi dans un espace diplomatique où les intérêts politiques et économiques se rejoignent. Pour Lomé, la portée de cette participation dépendra moins de la visibilité offerte par le sommet que des coopérations qui pourront en découler, qu’il s’agisse d’investissements, de commerce, de technologies ou de partenariats institutionnels.
