La revue nationale des réformes arrêtée à fin juin dessine une trajectoire à deux niveaux. Sur le plan interne, 68,4 % des activités prévues au premier semestre ont été exécutées physiquement, tandis que l’évaluation 2025 de la Banque mondiale place de nouveau le Togo au premier rang ouest-africain pour la qualité de son environnement des affaires. Entre ces deux indicateurs, le même enjeu apparaît désormais avec netteté, transformer les réformes engagées en résultats suffisamment tangibles pour soutenir la trajectoire de la Vision 2040.
Le chiffre de 68,4 % ne constitue pas un classement international. Il mesure l’état d’avancement physique du programme national de réformes au terme du premier semestre 2026. Sur les 195 activités programmées pour cette période, 42 ont été entièrement réalisées et 153 demeuraient en cours au moment de la revue. L’exécution financière atteignait, elle, 63,3 %.
Ces données ont été examinées vendredi 28 août lors de la revue nationale organisée par le Secrétariat permanent pour le suivi des politiques, des réformes et des programmes financiers du ministère des Finances et du Budget. La rencontre était présidée par Iyatan Komi Akakpo, Directeur national du contrôle financier, représentant le Secrétaire général du ministère, Kpowbié Tchasso Akaya.

La photographie arrêtée à juin est donc moins celle d’un programme achevé que celle d’un chantier dont plus de la moitié du parcours reste à convertir en réalisations effectives. Le plan de travail annuel compte 269 activités, dont 74 étaient encore programmées pour le second semestre.
Cette donnée donne à la revue une portée particulière. Le gouvernement ne dispose pas seulement de quelques mois pour poursuivre les actions engagées. Il doit aussi faire en sorte que les activités encore en cours produisent des effets lisibles dans les secteurs concernés.
Le résultat obtenu dans le classement Business Ready (B-Ready) 2025 de la Banque mondiale fournit un autre indicateur de cette dynamique. Avec 61,52 points, le Togo a conservé la première place en Afrique de l’Ouest et la troisième en Afrique subsaharienne, derrière le Rwanda et l’Île Maurice. Le B-Ready évalue notamment le cadre réglementaire, les services publics et l’efficacité opérationnelle nécessaires au fonctionnement des entreprises.

La performance n’est toutefois pas uniforme. Les données de la Banque mondiale donnent au Togo ses meilleurs résultats dans la création d’entreprises, avec 86 points, tandis que la concurrence sur les marchés reste un point faible, avec 42 points. Les services publics obtiennent 61 points et l’efficacité opérationnelle 57 points.
Cette lecture nuance donc le classement. La première place régionale ne signifie pas que l’ensemble des réformes économiques sont arrivées à leur terme. Elle indique plutôt que les transformations déjà engagées ont produit des résultats suffisamment importants pour placer le pays devant ses voisins dans l’évaluation considérée.
C’est précisément cette logique de progression que la revue de juin cherche à prolonger. Plusieurs chantiers touchent directement au fonctionnement de l’économie et de l’administration. Dans le foncier agricole, les travaux portent notamment sur la sécurisation et la cartographie des terres à Djagblé et dans la région de Kara. Dans le domaine numérique, les missions de Cyber Defense Africa ont été étendues aux drones, tandis que l’identification biométrique poursuit son déploiement.
Pour les très petites, petites et moyennes entreprises (TPME), le dispositif prévoit notamment l’élaboration d’une stratégie consacrée à l’entrepreneuriat féminin ainsi que la préparation d’une « Clinique de l’Entrepreneuriat ». L’objectif est de rapprocher les instruments d’accompagnement des contraintes rencontrées par les porteurs de projets et les petites structures.
La réforme touche également l’architecture territoriale. Les budgets des cinq conseils régionaux sont désormais opérationnels et les dotations destinées aux collectivités atteignent 16 milliards de francs CFA. Cette évolution donne une dimension financière concrète au processus de décentralisation, dont l’efficacité dépend autant des compétences transférées que des ressources effectivement disponibles.
Le volet environnemental suit la même logique de transformation institutionnelle. La loi-cadre révisée a été promulguée le 24 mars 2026 et un Office national des aires protégées a été créé. D’autres chantiers concernent les systèmes d’information de la gestion des finances publiques et des marchés publics, le budget climat et genre, ainsi que le déploiement du Système intégré de gestion de l’éducation.
La réforme de l’État ne se limite donc pas à une succession de textes réglementaires. Elle touche simultanément la gestion budgétaire, la transformation numérique, le foncier, la décentralisation, l’éducation, l’environnement et l’appui au secteur privé.
Cette transversalité explique aussi pourquoi le taux d’exécution doit être lu avec prudence. Une réforme peut être juridiquement achevée sans produire immédiatement ses effets économiques ou sociaux. À l’inverse, un programme encore classé comme « en cours » peut déjà avoir généré des changements opérationnels. Le véritable test réside donc dans la capacité de l’administration à transformer les décisions, les infrastructures numériques, les dispositifs financiers et les nouvelles règles en services effectivement accessibles.
Le classement B-Ready apporte, sur ce point, un éclairage utile. La Banque mondiale relève les progrès du Togo dans la création d’entreprises, les services financiers, la fiscalité et le règlement des différends. Elle identifie simultanément des marges de progression dans les services publics, le commerce international, la concurrence et la main-d’œuvre.
L’enjeu du second semestre apparaît dès lors assez clairement. Il ne s’agit plus seulement de maintenir un rythme d’adoption des réformes. Il faut consolider leur mise en œuvre et réduire l’écart éventuel entre les dispositifs conçus et leur utilisation effective.
Cette exigence rejoint le message formulé par Iyatan Komi Akakpo lors de la clôture de la revue. Il a appelé les différents acteurs à davantage de rigueur et à une accélération au cours des prochains mois. « Les prochains mois doivent être ceux de l’accélération et de résultats mesurables pour un Togo moderne, prospère, résilient et solidaire », a-t-il déclaré.
La trajectoire gouvernementale est désormais articulée autour de trois orientations présentées comme les piliers de la Vision 2040, rassembler, transformer et protéger. Elles prolongent les transformations engagées dans le cadre de la Feuille de route gouvernementale 2020-2025 et placent la réforme administrative et économique dans une perspective de plus long terme.
Pour Faure Essozimna Gnassingbé, Président du Conseil, cette orientation doit conduire à un Togo moderne, prospère et résilient. Mais les indicateurs disponibles montrent aussi que cette ambition sera jugée moins sur l’architecture des programmes que sur leur capacité à produire des changements mesurables.
À mi-parcours, les chiffres fournissent donc deux signaux complémentaires. Les 68,4 % traduisent l’état d’exécution physique du programme national à fin juin. Les 61,52 points du B-Ready mesurent, selon une méthodologie internationale, la qualité de l’environnement réglementaire, des services publics et de l’efficacité opérationnelle.
La première place ouest-africaine du B-Ready constitue un acquis à préserver, mais le classement lui-même identifie des secteurs où des progrès restent nécessaires. Le second semestre 2026 devra ainsi permettre de transformer les réformes encore en cours en résultats concrets, tout en consolidant les performances déjà reconnues.
C’est sur cette capacité de conversion que se jouera la suite de la trajectoire réformatrice.
