Les démolitions en cours sur le littoral togolais n’obéissent pas à une intention de précariser les occupants, a affirmé Kanka-Malik Natchaba, ancien ministre de l’Enseignement supérieur et délégué national du Mouvement des jeunes de l’Union pour la République (UNIR). Invité de l’émission « Audi Actu » sur Radio Victoire, il a voulu écarter l’idée d’une malveillance des autorités face aux conséquences sociales d’une opération d’aménagement lancée quelques semaines avant la rentrée scolaire.
L’opération intervient à un moment particulièrement sensible. Le 14 septembre approche, date fixée pour la rentrée des classes. Or les personnes qui occupent ces installations du littoral dépendaient de revenus réguliers pour financer la scolarité de leurs enfants. Nombreuses sont les femmes et les chefs de famille qui n’ont pu accumuler les ressources nécessaires pour les frais d’inscription, les uniformes et les manuels. La convergence entre les démolitions et cette échéance crée une rupture économique brutale au moment où les dépenses scolaires deviennent prioritaires.
Interrogé sur cette concomitance malheureuse, Malik Natchaba a reconnu la complexité de l’arbitrage. Mener une politique d’aménagement « ce n’est pas quelque chose de simple », a-t-il expliqué. Il a rappelé que les autorités sont investies de la responsabilité de prendre des décisions qui ne sont pas toujours aisées, tant dans leur conception que dans leur mise en œuvre. Mais il a aussi souligné qu’une telle démarche comporte nécessairement une « dimension humaine » que le seul respect du cadre légal ne suffit pas à garantir.
Sa conviction repose sur l’idée qu’aucune autorité n’a intentionnellement envie de priver quelqu’un de son revenu. Il dit croire à « l’humanité des uns et des autres » et estime que cette dimension peut guider la manière dont les textes sont appliqués. Cet appel à la bienveillance administrative révèle cependant l’absence de réponses concrètes aux questions que se posent les occupants.
Car le vide dans cette opération reste entier. Aucun nouvel emplacement n’a été désigné pour accueillir les activités délogées. Aucun calendrier de transition n’a été communiqué. Les personnes concernées ignorent comment elles pourront poursuivre leurs activités après les démolitions. Entre la promesse de considération et la clarification des perspectives offertes aux occupants, le fossé s’élargit.
Il a précisé qu’il faut « rester dans un cadre légal et, dans ce cadre légal, voir ce qui peut être fait si cela est évidemment possible ». Cette formulation ouvre théoriquement une marge de discussion sur les modalités pratiques de l’opération, mais elle reste vague quant aux mesures concrètes d’accompagnement. Elle traduit plutôt un recours à la discrétion administrative que l’annonce d’un dispositif précis de réinstallation ou de compensation.
Les familles du littoral semblent surtout en attente de solutions tangibles. La dimension humaine tant invoquée se mesurera non pas aux déclarations d’intention, mais à une réalité précise : auront-elles, après les démolitions, la possibilité de reconstruire une activité économique et de préserver leurs revenus ? C’est à cette aune que se jugera la bienveillance des autorités.
