La loi de finances rectificative (LFR) s’annonce comme un test politique pour le gouvernement de Bassirou Diomaye Faye. Ousmane Sonko conditionne le soutien de Pastef à un meilleur encadrement des fonds spéciaux et conteste plusieurs orientations économiques, sur fond de tensions autour de la dette et du coût de la vie.
Le soutien de la majorité parlementaire n’est plus acquis d’avance. Ousmane Sonko a posé une condition explicite à l’adoption de la loi de finances rectificative pour 2026. « La LFR ne va pas passer tant que le contrôle des fonds spéciaux n’y figure pas », a-t-il déclaré. Par cette exigence, le président de l’Assemblée nationale entend placer la transparence des dépenses publiques au cœur des discussions budgétaires.
La demande concerne un dispositif particulièrement sensible des finances de l’État. Sonko réclame un encadrement du contrôle des fonds spéciaux, dont les modalités de gestion font désormais l’objet d’une contestation politique ouverte. Le groupe parlementaire Pastef a également annoncé des initiatives visant à examiner les bases légales et les conditions d’utilisation de ces ressources. L’enjeu est de préciser les mécanismes de contrôle applicables à des dépenses qui ne relèvent pas des procédures ordinaires.
Cette position signifie que le gouvernement ne peut tenir pour acquis le soutien des députés de la majorité à l’ensemble de ses arbitrages financiers. Pour Pastef, l’appartenance à la même famille politique ne saurait dispenser l’exécutif de justifier ses choix devant les représentants du peuple. Reste à savoir quelles dispositions précises seront proposées et retenues dans le processus d’examen parlementaire.
Au-delà des fonds spéciaux, les désaccords portent sur la conduite du redressement économique. La révision des prévisions budgétaires intervient dans un environnement marqué par les tensions sur les marchés énergétiques, les contraintes liées à la dette et la nécessité de contenir le déficit public. Le gouvernement défend une réorganisation des dépenses et un meilleur ciblage des subventions, tandis que Sonko met en garde contre une politique dont les coûts seraient supportés de manière disproportionnée par les ménages.
La question du carburant cristallise cette opposition. Le supercarburant est vendu à 990 francs CFA le litre et le gasoil à 755 francs CFA. Ces tarifs alimentent les inquiétudes sur les coûts du transport, les prix des produits de consommation et les charges des entreprises. Sonko critique les choix fiscaux et budgétaires qui, selon lui, pèsent sur le pouvoir d’achat, et conteste les modalités envisagées pour réduire la facture des subventions énergétiques.
Le désaccord s’étend aux relations avec le Fonds monétaire international (FMI). Sans réclamer une rupture avec l’institution, le leader de Pastef remet en question la place accordée à ses recommandations dans les décisions économiques nationales. Il plaide pour que les modalités du redressement tiennent davantage compte des réalités sociales et que les efforts demandés aux citoyens soient accompagnés d’une discipline accrue dans la gestion des ressources publiques.
La dette constitue un autre point de friction. Sonko conteste la manière dont le gouvernement présente le traitement de l’endettement sénégalais et a proposé un débat public contradictoire avec le Premier ministre, Ahmadou Al Aminou Lo. Une telle confrontation permettrait de clarifier les mécanismes retenus, leurs implications financières et les conséquences attendues pour les contribuables. Les divergences de vocabulaire ne suffisent toutefois pas, à elles seules, à établir la nature exacte des opérations envisagées, qui doit être appréciée à partir de leurs modalités financières.
Ces désaccords budgétaires révèlent aussi une tension politique entre Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko. En rappelant que le chef de l’État ne peut gouverner en faisant abstraction de Pastef, Sonko revendique pour son parti un rôle déterminant dans la mise en œuvre des engagements défendus pendant la campagne électorale. Il conteste ainsi toute orientation qui s’écarterait, selon lui, du projet politique ayant conduit la majorité actuelle au pouvoir.
Le gouvernement se trouve désormais face à une exigence parlementaire qui ne peut être réglée par la seule discipline de parti. Il lui revient de défendre ses choix, de répondre aux demandes de contrôle et de rechercher un compromis permettant l’examen du texte. De son côté, Pastef devra traduire ses conditions en propositions précises, compatibles avec les contraintes budgétaires et susceptibles de répondre aux difficultés économiques des populations.
L’issue de ce bras de fer dépendra autant de la négociation politique que du contenu des amendements soumis aux députés. Un refus de soutien pourrait compliquer l’adoption de la LFR, sans préjuger à lui seul de l’issue de la procédure parlementaire.
Diomaye a désormais deux choix, selon cette lecture du bras de fer. Dialoguer sincèrement avec l’Assemblée nationale pour parvenir à un compromis dans l’intérêt des Sénégalais, ou dissoudre l’institution et convoquer les électeurs. Deux options politiquement lourdes, alors que l’urgence économique impose des réponses concrètes aux préoccupations des populations.
