Ce mardi 9 décembre se tient au Palais des congrès de Lomé, un événement d’envergure continentale en marge du 9ᵉ Congrès Panafricain : la Table ronde économique des diasporas togolaise, africaine et afrodescendante. Elle a été lancée officiellement par Yackoley Kokou Johnson, ministre délégué chargé de la Coopération et des Togolais de l’extérieur. Cette initiative stratégique, qui se déroule parallèlement aux travaux du Congrès, est co-organisée par le Togo, l’Union Africaine, la Banque Africaine de Développement, et l’Organisation Internationale pour les Migrations.
Avant le panel inaugural, Arthur Lilas Trimua, ministre délégué chargé de la Promotion des investissements et de la Souveraineté économique, a prononcé un discours d’ouverture qui a posé les fondements de cette rencontre historique. Ses propos ont mis en lumière une réalité économique souvent négligée mais aux implications considérables.

La conjoncture internationale actuelle pousse de nombreux membres des diasporas à adopter une posture nouvelle. Au-delà des simples transferts d’argent destinés aux besoins familiaux, ils deviennent progressivement de véritables entrepreneurs. Le mentorat économique, les investissements productifs, les retours temporaires au pays et la mobilisation de réseaux professionnels internationaux composent désormais ce qu’on appelle l’économie de la diaspora.
Cette économie structurante reste pourtant largement sous-exploitée. Plusieurs obstacles entravent son plein déploiement. Le ministre Trimua a identifié les principaux freins qui persistent malgré le potentiel évident. La gouvernance migratoire insuffisante, le manque d’accès à des informations fiables sur les opportunités d’investissement et l’absence de mécanismes adaptés à la mobilisation financière constituent les premiers handicaps.
S’ajoutent à cela les coûts prohibitifs des transferts d’argent, le déficit de confiance envers les partenaires et institutions locales, ainsi que des conditions de retour souvent dissuasives. Ces entraves nécessitent une réflexion collective approfondie pour institutionnaliser et sécuriser le partenariat stratégique avec les communautés expatriées.
Le gouvernement togolais a déjà pris plusieurs initiatives notables ces dernières années. Le guichet diaspora facilite désormais les projets et investissements des ressortissants établis à l’étranger. Des programmes de transfert de compétences ont été lancés parallèlement à un accompagnement entrepreneurial renforcé. La création du Fonds d’investissement des Togolais de l’extérieur représente une avancée majeure dans ce dispositif.

Les partenariats stratégiques se multiplient également. L’initiative Talents en Commun, développée avec la France, vise à mobiliser les compétences togolaises au service de projets locaux et nationaux. Ces mesures témoignent d’une volonté politique claire de faire des diasporas un pilier du développement économique.
Sous l’impulsion du Président du Conseil, Faure Gnassingbé, le Togo a placé l’investissement, l’innovation et la souveraineté économique au centre de sa vision nationale. Cette ambition ne peut se concrétiser sans l’engagement actif des communautés expatriées. Le ministre Trimua a souligné la nécessité de créer un environnement vraiment propice aux investissements diasporiques.
Cela implique de simplifier drastiquement les procédures administratives, de renforcer les mécanismes de cofinancement et de garantie, mais également de rendre visibles les opportunités sectorielles existantes. La structuration des partenariats entre diaspora, État et secteur privé demeure essentielle. Plus encore, restaurer la confiance et le sentiment d’appartenance s’impose comme une priorité absolue.
Les communautés expatriées ne recherchent pas uniquement un cadre d’affaires avantageux. Elles aspirent à un véritable espace d’engagement où elles se sentent écoutées, valorisées et utiles au développement de leur pays d’origine. Cette dimension psychologique et identitaire ne doit pas être négligée dans l’équation économique.
La table ronde qui se déroule jusqu’au 13 décembre, en marge des débats panafricains, offre justement ce cadre privilégié d’analyse et de dialogue. Les participants examineront les différentes formes d’engagement existantes, identifieront les obstacles concrets et formuleront des recommandations opérationnelles. Cette synergie entre le Congrès Panafricain et la table ronde économique crée une dynamique unique où les réflexions continentales nourrissent les stratégies concrètes de mobilisation diasporique.
Pendant cinq jours, Lomé devient ainsi le laboratoire d’un nouveau modèle de développement où la diaspora n’est plus perçue comme un simple bailleur de fonds à distance, mais comme un acteur économique à part entière dont l’expertise et les réseaux peuvent catalyser la transformation économique nationale.
