Sous la conduite de Faure Essozimna Gnassingbé, Président du Conseil et Médiateur de l’Union africaine pour la crise dans l’Est de la RDC, Lomé a accueilli le 8 juin une réunion stratégique consacrée à l’évaluation et au renforcement des mécanismes africains de paix dans la région des Grands Lacs. Face à la persistance des violences, les participants ont plaidé pour une meilleure coordination des efforts continentaux afin d’accélérer la recherche d’une solution durable au conflit.

Six mois ont séparé cette réunion d’une première session tenue en janvier. Ces mois révélaient des accords signés entre la RDC et le Rwanda, mais aussi la persistance des combats entre les forces gouvernementales congolaises et l’Alliance Franco-Congolaise du Mouvement 23 Mars. Des rapports des Nations Unies soupçonnaient un soutien rwandais clandestin à cette rébellion. Sur place, les populations civiles patissaient sans répit.
Faure Essozimma Gnassingbé, Président du Conseil togolais et Médiateur de l’Union Africaine depuis avril 2025, a convoqué les principaux acteurs de cette médiation régionale. Il ne s’agissait pas de célébrer. Il s’agissait de réparer une machine bureaucratique qui ne fonctionnait pas assez vite ni assez bien. Le Bureau du Médiateur ne communiquait pas efficacement avec le Panel des facilitateurs. Le Panel opérait sans liaisons claires vers la Commission de l’Union Africaine. Le Secrétariat conjoint indépendant demeurait parfois isolé. Des doublons existaient. Des vides criants persistaient.
Cette absence de coordination formalisée représentait plus qu’un manquement administratif. Elle affaiblissait la crédibilité africaine face aux processus parallèles lancés par Washington et Doha. Les États-Unis poussaient une vision de règlement. Le Qatar en proposait une autre. Aucune des deux n’obéissait à la logique africaine de médiation. Les facilitateurs ont donc imaginé une contre-stratégie. Ils construiraient une « contribution africaine » structurée aux processus externes pour les influencer de l’intérieur. C’était un moyen de garder l’initiative plutôt que de la subir passivement.

La réunion a engendré plusieurs décisions immédiates. Les plans de travail des membres du Panel des facilitateurs ont été réajustés. Les responsabilités ont été clarifiées, au moins sur le papier. Un plan d’action opérationnel devait être élaboré en quinze jours précisant comment appliquer concrètement les décisions adoptées. Quinze jours pour réorganiser une médiation régionale impliquant quinze pays et plusieurs organisations continentales ou internationales. C’était ambitieux.
Ce délai bref témoignait d’une impatience compréhensible. Chaque semaine de retard sur le terrain militaire permettait aux acteurs en conflit de consolider des gains territoriaux. Le temps joue rarement en faveur des médiateurs. Il joue souvent pour ceux qui contrôlent des armes et du territoire. Accélérer la coordination administrative était une manière de rattraper le retard accumulé depuis janvier.
Les organisations présentes incarnaient la complexité régionale. La Communauté d’Afrique de l’Est apportait une perspective est-africaine. La Communauté Économique des États de l’Afrique Centrale représentait les intérêts centrafricains. La Communauté de Développement de l’Afrique Australe parlait pour les pays du sud. La Conférence Internationale sur la Région des Grands Lacs rassemblait justement les États de cette région. Le Comité International de la Croix-Rouge veillait sur les dimensions humanitaires, tandis que les Nations Unies apportaient une caution internationale.
Réunir tous ces acteurs dans un même cadre relevait de l’exploit logistique et politique. Chacun avait des intérêts divergents. La Tanzanie voyait les choses différemment que le Kenya dans la Communauté d’Afrique de l’Est. L’Angola ne partageait pas la même perspective que les autres pays centraux sur les enjeux de médiation. Pourtant, il fallait forger une ligne commune pour ne pas envoyer de signaux contradictoires aux belligérants.
Le Président Faure Essozimma Gnassingbé s’est exprimé avec une franchise inhabituellement teintée de retenue. Il a parlé d’humilité face aux défis. La formule avait une portée. Elle reconnaissait que les solutions miracle n’existaient pas. Elle admettait que cette crise nécessiterait du temps, une ressource que les médiateurs africains ont toujours du mal à se permettre dans un contexte où les financements dépendent de résultats visibles rapides.
La persévérance qu’il a mentionnée prenait une dimension différente dans ce contexte. Persévérer signifiait maintenir l’effort même lorsque des mois s’écouleraient sans avancée spectaculaire. Cela signifiait aussi continuer à convaincre les bailleurs que le travail valait la peine, même si les progrès restaient graduels. C’était une promesse adressée moins à la salle qu’aux peuples de l’Est congolais, invitant à croire que quelqu’un travaillait dur pour construire une paix durable.
Lomé accumulait ainsi une responsabilité croissante. La capitale togolaise servait maintenant de siège de facto pour les négociations régionales les plus importantes d’Afrique de l’Ouest et Centrale. Luanda rivalisait avec elle, mais Lomé gagnait du terrain. Cette ascension diplomatique renforçait le prestige togolais. Elle créait aussi des attentes. Le monde observait si les réunions aboutissaient à des résultats mesurables.
Les facilitateurs désignés par l’Union Africaine formaient une équipe disparate. Certains avaient des relations historiques avec les belligérants. D’autres jouissaient d’une crédibilité internationale plus large. Quelques-uns combinaient deux avantages. Il fallait mobiliser l’ensemble de ces ressources humaines pour créer des canaux de dialogue permanents avec le Rwanda, la RDC, le M23 et autres acteurs clés. Les réunions techniques de la semaine précédente avaient justement permis d’aligner ces facilitateurs sur des compréhensions communes avant la session formelle.
Le défi immédiat restait. Les combats se poursuivaient. Des civils mouraient. Les déplacements de population s’intensifiaient. Pendant ce temps, les diplomates réorganisaient leurs bureaux et clarifiaient leurs mandats. C’était le fossé classique entre l’urgence humanitaire et la lenteur inévitable de la diplomatie institutionnelle. Combler cet écart demandait de la créativité, des ressources et surtout une volonté politique que tous les acteurs ne partageaient pas au même degré.
