Le Togo renforce son dispositif de lutte contre le paludisme en misant davantage sur la qualité et l’exploitation des données sanitaires. Les modules du National Malaria Data Repository, une plateforme numérique destinée à centraliser les informations sur la maladie, ont été validés cette semaine. L’objectif est de disposer d’une lecture plus fine de la situation épidémiologique et d’ajuster les interventions en fonction des besoins observés sur le terrain.
Le changement est moins visible qu’une campagne de vaccination ou une distribution de moustiquaires, mais il touche à la manière dont les politiques de santé sont conçues et évaluées. En regroupant les données disponibles sur le paludisme, le dispositif doit faciliter l’identification des zones les plus exposées, des populations vulnérables et des évolutions de la maladie. Les informations recueillies pourront aussi servir à mesurer les résultats des interventions et à orienter les ressources vers les secteurs où elles sont le plus nécessaires.
Les enfants de moins de cinq ans occupent une place centrale dans cette stratégie. Selon les données utilisées par l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), le paludisme représentait encore 60 % des motifs de consultation dans les formations sanitaires togolaises en 2022. Les moins de cinq ans comptaient alors pour 34 % des cas et près de 65 % des décès liés à la maladie. Les femmes enceintes constituent également une population prioritaire en raison du risque accru de complications.
Cette montée en puissance de la donnée intervient après plusieurs investissements dans la prévention. En juillet 2026, le Togo a achevé sa sixième campagne nationale de distribution gratuite de moustiquaires imprégnées d’insecticide. Au total, 5 658 350 moustiquaires étaient destinées aux ménages. Le recensement préalable des bénéficiaires avait lui-même reposé sur un dispositif numérique, afin de mieux déterminer les besoins avant la distribution.
Le pays a également ajouté la vaccination à cet arsenal. Depuis le 1er septembre 2025, le vaccin antipaludique R21/Matrix-M est intégré au Programme élargi de vaccination. Quelque 269 000 enfants sont concernés par la première phase, avec quatre doses prévues à cinq, six, sept et quinze mois. Le vaccin ne se substitue pas aux autres moyens de prévention. Il complète notamment l’usage des moustiquaires, la chimioprévention saisonnière, la prévention chez les femmes enceintes ainsi que le diagnostic et le traitement précoces.
La logique du nouveau repository consiste précisément à mieux articuler ces différents leviers. Des données mieux structurées peuvent aider à déterminer où renforcer la prévention, quelles populations cibler en priorité et quels résultats attendre des interventions déployées. Elles doivent aussi faciliter le travail entre les programmes sanitaires et les différents partenaires engagés dans la lutte contre la maladie.
Cette approche prend une dimension supplémentaire alors que les besoins financiers restent élevés. Le Togo prépare une demande de financement auprès du Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme pour la période 2027-2029. L’enveloppe évoquée lors des consultations nationales est d’environ 56 milliards de francs CFA pour les programmes consacrés aux trois maladies et au renforcement du système de santé.
La question n’est donc pas seulement celle du volume des ressources disponibles. Elle concerne aussi leur allocation. Dans un environnement où les financements sanitaires doivent être davantage ciblés, disposer d’informations fiables, comparables et régulièrement actualisées devient un instrument de décision. La plateforme consacrée au paludisme doit précisément contribuer à cette évolution, en rapprochant les données épidémiologiques des choix opérationnels et des résultats obtenus.
Pour une maladie dont la transmission varie selon les saisons, les territoires et les groupes de population, la capacité à détecter rapidement ces différences conditionne une partie de l’efficacité des réponses. Le Togo cherche désormais à intégrer cette exigence au cœur de son dispositif de lutte, aux côtés des outils de prévention déjà déployés.
