La campagne 2026 d’exportation de beurre de karité transformé vient de s’ouvrir avec la sortie d’un premier conteneur depuis la Plateforme industrielle d’Adétikopé (PIA). Portée par Togo Soja SARL, cette opération donne une traduction concrète à l’orientation prise vers la transformation locale des matières premières agricoles avant leur accès aux marchés extérieurs.

Le fait est d’autant plus notable que le karité occupe une place ancienne dans l’économie rurale togolaise, mais que sa valorisation industrielle reste un chantier en développement. Les données disponibles montrent que la filière repose largement sur la collecte des amandes, tandis que la transformation en beurre constitue l’un des leviers pour accroître la valeur générée localement. Le plan d’action d’investissement consacré au karité recommande d’ailleurs de renforcer la transformation locale des amandes et l’industrialisation de la production de beurre.
La première expédition de la saison 2026 intervient ainsi sur un segment où la chaîne de valeur commence à se structurer autour de capacités industrielles. Installée sur la PIA, Togo Soja SARL assure la transformation et le conditionnement du produit avant son acheminement vers les marchés internationaux. L’opération réunit donc plusieurs maillons qui étaient traditionnellement dissociés, de l’approvisionnement en matière première jusqu’à l’exportation du produit transformé.

Cette évolution rejoint la vocation agro-industrielle assignée à la PIA. La plateforme présente parmi ses objectifs le développement de chaînes de valeur associant production, stockage, logistique et transformation. Elle identifie notamment le karité parmi les ressources agricoles susceptibles d’alimenter les activités industrielles implantées sur son site.
Le potentiel de la filière est également documenté. Selon l’Agence togolaise de presse, le pays produit entre 20 000 et 25 000 tonnes d’amandes de karité par an et la filière mobilise une forte participation féminine. Une unité industrielle lancée à Gbatopé en 2023 avait, pour sa part, été conçue pour traiter jusqu’à 30 tonnes d’amandes par jour et produire environ 4 300 tonnes de beurre par an.
Le passage de l’amande au beurre modifie la nature de la marchandise exportée. Il ne s’agit plus seulement d’expédier une matière première, mais de commercialiser un produit ayant subi une transformation industrielle, un conditionnement et des opérations de préparation à l’exportation. Le portail national du commerce distingue d’ailleurs les procédures applicables aux amandes et celles relatives au beurre de karité, ce dernier étant classé parmi les produits transformés à usage cosmétique ou alimentaire.
Pour Idiola Sandah, Administrateur général de l’Autorité de coordination de la PIA, cette expédition traduit la dynamique industrielle développée sur la plateforme et sa capacité à accompagner les entreprises depuis la transformation des matières premières jusqu’à l’ouverture sur les marchés internationaux.
La campagne 2026 intervient donc à la jonction de deux enjeux de la filière. Le premier concerne la capacité à sécuriser l’approvisionnement des unités industrielles. Le second porte sur la qualité et la compétitivité des produits destinés à l’exportation. Ces questions sont déterminantes pour une filière déjà connectée aux marchés régionaux et internationaux.

La FAO relevait ainsi de longue date l’existence d’un marché international du beurre de karité, notamment porté par les secteurs alimentaire, de la chocolaterie et des cosmétiques. Elle souligne également le rôle prépondérant des femmes dans la collecte et la transformation du karité en Afrique de l’Ouest.
Avec ce premier conteneur de la campagne 2026, la PIA ajoute donc une nouvelle opération d’exportation de produit agricole transformé à son activité agro-industrielle. Pour la filière karité, l’enjeu se situe désormais dans la capacité à inscrire cette transformation dans la durée, à consolider les approvisionnements et à renforcer la présence du beurre produit localement sur les marchés extérieurs.
