La cérémonie de pose de la première pierre de la future raffinerie Dangote East Africa s’est tenue mercredi 30 septembre 2026 à Lamu, au Kenya, en présence de plusieurs dirigeants africains. Le Président du Togo, Jean-Lucien Lanyo Savi de Tové, a pris part à ce rendez-vous autour d’un projet industriel de 16 milliards de dollars présenté comme un levier de transformation énergétique et industrielle pour l’Afrique de l’Est.

Le chef de l’État togolais figurait aux côtés du président ougandais Yoweri Museveni, du président béninois Romuald Wadagni et du Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed. L’ancien président nigérian Olusegun Obasanjo ainsi que des représentants d’autres gouvernements africains ont aussi assisté à la cérémonie, organisée autour de l’investissement porté par le groupe nigérian Dangote.
Avec une capacité projetée de 700 000 barils de brut par jour, l’installation doit devenir la plus importante raffinerie d’Afrique de l’Est et d’Afrique centrale. Le projet est destiné à réduire la dépendance de la région aux importations de produits pétroliers raffinés et à renforcer sa sécurité énergétique. Sa mise en service est annoncée à l’horizon 2030.

Le projet ne se limite toutefois pas aux activités de raffinage. Le complexe doit intégrer une centrale électrique annoncée à 1 000 mégawatts, une unité de production de plastiques ainsi que des installations dédiées aux engrais et aux produits chimiques. Cette configuration doit associer transformation du pétrole, production énergétique et activités manufacturières sur un même site industriel.
La dimension économique avancée par les autorités kényanes dépasse donc la seule production de carburants. Selon les projections communiquées autour du projet, l’investissement pourrait contribuer à hauteur de 12 % à l’économie kényane et attirer 4 milliards de dollars supplémentaires d’investissements directs étrangers par an pendant les quatre années prévues pour la construction. Plus de 60 000 emplois sont par ailleurs annoncés, avec un effort de formation destiné à développer les compétences locales.

Cette ambition industrielle est étroitement liée au corridor Lamu-Port-Soudan du Sud-Éthiopie (LAPSSET), dont Lamu constitue l’un des principaux points d’ancrage. Le développement de la raffinerie doit accroître le rôle du port dans les flux énergétiques et industriels régionaux, tandis que le complexe est appelé à renforcer la vocation manufacturière de cette zone côtière.

Le projet porte aussi un discours plus large sur la transformation des économies africaines. « Pendant trop longtemps, l’Afrique a exporté des matières premières et importé des produits finis, exportant ainsi richesse et emplois », a déclaré le président kényan William Ruto lors de la présentation du projet, plaidant pour une inversion de ce modèle. Cette orientation rejoint la volonté affichée de faire de Lamu un pôle de transformation plutôt qu’un simple point d’acheminement des matières premières.

La question de l’approvisionnement reste toutefois déterminante pour une installation de cette capacité. Le Kenya devrait produire environ 50 000 barils de brut par jour à partir de 2032 selon les projections citées par la presse kényane, très loin des 700 000 barils quotidiens nécessaires au fonctionnement à pleine capacité. Le groupe Dangote prévoit donc de recourir à des approvisionnements provenant d’autres producteurs africains et de marchés internationaux.

Le lancement de Lamu intervient enfin alors qu’un contentieux foncier demeure pendant devant la justice kényane. La Haute Cour a ordonné le maintien du statu quo sur les terres concernées par une procédure engagée par des habitants, tandis que le groupe Dangote a maintenu la cérémonie de lancement.
