Réunissant quelque 120 délégations venues de plus de 35 pays autour du thème « Bâtir un écosystème médiatique souverain et performant en Afrique », la deuxième édition du Salon international des médias d’Afrique (SIMA), tenue du 8 au 10 octobre au Grand Théâtre Doudou Ndiaye Coumba Rose de Dakar, a accueilli la proposition d’un Pacte africain pour la liberté de la presse portée par le président de l’Union internationale de la presse francophone.
Le président de l’Union internationale de la presse francophone (UPF), Loïc Lawson, a proposé, ce samedi 10 octobre à Dakar, la mise en place d’un Pacte africain pour la liberté de la presse. Présentée lors d’un panel du Salon international des médias d’Afrique (SIMA), l’initiative vise à établir des garanties communes pour les journalistes et les entreprises de presse, dans un environnement où les restrictions juridiques, la précarité professionnelle et les difficultés de financement fragilisent l’exercice du métier.
« Aujourd’hui en Afrique, la liberté de presse est proclamée dans les constitutions, mais pas garantie dans les tribunaux ni dans les rédactions », a déclaré Loïc Lawson. Son projet repose sur trois axes complémentaires, la sécurisation du cadre juridique, l’amélioration du statut des journalistes et la création de conditions institutionnelles susceptibles de soutenir sa mise en œuvre à l’échelle continentale.
Le premier axe concerne les dispositions légales qui encadrent l’activité journalistique. Loïc Lawson préconise la dépénalisation totale du délit de presse dans les pays africains d’ici à 2028, ainsi que la création, dans chaque État, d’un juge spécialisé dans les libertés de la presse. Cette proposition vise notamment à limiter les détentions préventives abusives. Elle comprend aussi l’élaboration d’une charte africaine consacrée à la protection des sources journalistiques et des lanceurs d’alerte.
Ces mesures supposeraient des réformes législatives nationales et une coordination entre les États. Leur portée dépendrait notamment des dispositions retenues dans le texte définitif, des procédures d’adoption et des garanties effectivement reconnues aux professionnels. À ce stade, il s’agit d’orientations avancées par le président de l’UPF, et non de règles communes déjà adoptées.
Le deuxième axe porte sur les conditions d’exercice du journalisme. Loïc Lawson propose une carte de presse africaine unique, reconnue par les États, qui associerait des droits d’accès à l’information, des garanties de protection et une couverture d’assurance. Il défend également l’instauration d’un socle minimal de droits dans les rédactions, comprenant un contrat de travail, une rémunération décente et une protection sociale.
Le promoteur du Pacte entend aussi engager la responsabilité des organisations professionnelles dans la défense des journalistes. « L’UPF ne défendra plus un média qui ne défend pas ses journalistes », a-t-il affirmé. Il souhaite compléter ce dispositif par un mécanisme d’alerte rapide en cas d’arrestation d’un journaliste, avec une notification des structures concernées dans un délai d’une heure. Les modalités de fonctionnement de ce réseau, la désignation de ses relais nationaux et les moyens mobilisables restent à préciser.
La viabilité économique des médias constitue le troisième axe de la proposition. « Il n’y a pas de pacte qui tient si le média meurt de faim », a déclaré le président de l’UPF. Cette approche place la solidité financière des entreprises de presse parmi les conditions de leur indépendance. Le projet envisage de confier au SIMA le secrétariat du Pacte, à titre provisoire ou permanent, et de soumettre aux participants une Déclaration de Dakar 2026. Il prévoit également la recherche d’un financement initial auprès de l’Allemagne ou de l’Algérie, invitées d’honneur de cette édition. Aucun engagement financier de leur part n’est toutefois établi à ce stade.
Le diagnostic défendu à Dakar rejoint plusieurs constats documentés sur la situation de la presse en Afrique subsaharienne. Dans son classement mondial de la liberté de la presse 2026, Reporters sans frontières (RSF) classe 24 des 48 pays de la région dans la catégorie des pays où la situation est « difficile », tandis que cinq pays se trouvent dans celle où elle est « très grave ». Le Rwanda, l’Éthiopie, le Soudan, Djibouti et l’Érythrée figurent parmi ces derniers. À l’autre extrémité du classement régional, l’Afrique du Sud occupe la 21e place mondiale et le Ghana la 39e.

Ces indicateurs éclairent les difficultés auxquelles le projet entend répondre, sans suffire à établir à eux seuls la situation juridique ou sociale des journalistes dans chaque pays. Les chiffres avancés par Loïc Lawson sur la détention pour délit de presse dans au moins 18 pays et sur les 60 % de journalistes travaillant sans contrat, sans assurance et sans carte de presse nécessitent, pour leur part, une référence précise permettant d’en établir le périmètre et la méthode de calcul.
Élu à la présidence de l’UPF le 29 mai 2026, Loïc Lawson a placé son mandat de trois ans sous le signe du renouveau de l’organisation et de la protection des journalistes. Ancien président de la section togolaise de l’Union, qu’il a dirigée de 2019 à 2025, il entend désormais faire de cette ambition un projet de portée continentale.
« Ce Pacte n’est pas contre les États, il est pour les États », a-t-il déclaré à Dakar, estimant que les pouvoirs publics ont intérêt à disposer d’une presse protégée, formée et responsable. Il a cité le Togo, le Sénégal, la Guinée, la Côte d’Ivoire, le Congo et le Mali parmi les pays concernés par cette démarche et proposé d’engager, dès 2026, le travail sur le texte final.
La concrétisation du Pacte dépendra désormais de son examen par les organisateurs du SIMA, de l’adhésion éventuelle des États et de la définition de ses mécanismes de financement et de gouvernance. L’échéance de 2028 avancée pour la dépénalisation du délit de presse constitue l’un des objectifs les plus exigeants du projet, puisqu’elle suppose des changements législatifs dans les pays concernés.
La cérémonie de clôture a enregistré la participation du Dr Bacary Sarr, ministre de la Communication, des Relations avec les institutions et porte-parole du Gouvernement du Sénégal, au terme de quatre jours d’échanges consacrés notamment à la régulation, au financement des médias, à la formation et à la protection des journalistes.
