Le retrait de l’ancien président, annoncé à Marrakech, signe moins la défaite d’un candidat que celle d’un parrain qui s’était engagé en première ligne. C’est une chute sans appel, mais surtout un désaveu pour celui qui en avait fait sa cause. Le 17 octobre, Macky Sall a renoncé à briguer le poste de Secrétaire général des Nations unies, au lendemain d’un vote informel du Conseil de sécurité qui lui a été défavorable, avec cinq avis favorables contre dix négatifs. L’ancien chef de l’État parle d’un geste de responsabilité destiné à favoriser une candidature consensuelle. La formule est élégante, mais la réalité est plus rude, car l’arithmétique du Conseil ne lui laissait aucune issue.
Pour Bassirou Diomaye Faye, l’épisode est plus embarrassant encore. Cette candidature, il ne l’a pas seulement tolérée, il l’a endossée, défendue et portée jusque devant l’Assemblée générale. Son nom est désormais associé à une défaite diplomatique.
Il faut rappeler comment ce soutien est venu. Le chef de l’État avait d’abord affiché une certaine indifférence à l’égard de cette candidature. Il a fini par l’endosser en juillet, après que des dizaines de partis d’opposition l’eurent interpellé pour réclamer un appui officiel. Ce revirement, que le parti qui l’avait fait élire, Pastef, n’a jamais digéré puisqu’il tient Macky Sall pour responsable de la mort de plusieurs dizaines de manifestants entre 2021 et 2023, ressemblait déjà à un exercice d’équilibriste. Il s’est ensuite mué en engagement public. Le 24 septembre, du haut de la tribune des Nations unies, le président a renouvelé l’appui du Sénégal à son prédécesseur et sollicité celui des États membres, avant de redire sa confiance dans les chances de succès de cette candidature. Il n’était plus question d’une simple bienveillance diplomatique, car le chef de l’État avait mis son crédit personnel dans la balance.
Les scrutins consultatifs ont rendu leur verdict. La candidature de Macky Sall n’a cessé de s’éroder, puisque dès le troisième scrutin, le 18 septembre, elle perdait un soutien et gagnait deux oppositions, à rebours des deux favorites. Le vote du 16 octobre a mis un terme à toute illusion. Or c’est précisément après l’engagement solennel de Dakar que la situation s’est dégradée. Un soutien présidentiel censé légitimer la candidature n’a produit aucun effet d’entraînement, y compris sur le continent, où l’on aurait pu s’attendre à voir se former un bloc de solidarité africaine. Ni les capitales du continent ni les membres du Conseil ne se sont ralliés. La leçon est cruelle, car lorsqu’un appui ne déplace aucune voix, c’est que celui qui l’apporte pèse peu.
Ses détracteurs y voient le symptôme d’un mal plus profond. Élu sur la promesse de rupture, le président est accusé d’avoir multiplié les volte-face, en combattant hier l’ancien régime et en plaidant aujourd’hui pour son principal visage. Dans une partie de l’opinion, et c’est le procès que lui font l’opposition comme une fraction de sa propre famille politique, cette trajectoire nourrit l’image d’un homme qui ne tient pas sa parole. À l’international, les chancelleries lisent ces signaux, et un dirigeant dont les alliances paraissent dictées par les circonstances inspire difficilement confiance à ses pairs.
La critique porte aussi sur le bilan intérieur. Ses opposants dénoncent une gestion économique et budgétaire chaotique, marquée par le poids de la dette et l’absence de résultats tangibles pour les ménages. Ils lui reprochent également un déficit de transparence dans la gouvernance, et accusent le pouvoir de s’accommoder d’un Conseil constitutionnel qui écarte les réformes institutionnelles, sans que le chef de l’État assume clairement le débat. Ces griefs sont ceux de ses adversaires et n’ont pas valeur de constat établi, mais ils composent le tableau dans lequel s’inscrit l’échec onusien, celui d’un pouvoir en quête de légitimité, qui a cru trouver à l’extérieur ce qu’il peine à consolider chez lui.
Reste l’image la plus cruelle, celle d’une campagne où l’on a mobilisé toutes les ressources symboliques du continent, avec le parrainage du président en exercice de l’Union africaine, la présidence de la CEDEAO assumée par Dakar et les consultations entre chefs d’État, sans jamais convaincre. Le retrait de Marrakech, décidé après des échanges avec les présidents burundais et sénégalais, ressemble à une sortie organisée d’une impasse que tout le monde voyait venir.
Pour Bassirou Diomaye Faye, le coût est double. Il perd le pari qu’il avait fini par assumer, et il s’expose à une double lecture, celle d’un dirigeant incapable de convertir son soutien en résultats et celle d’un président qui a sacrifié sa cohérence politique pour un échec. À Dakar, la question qui se posera désormais n’est plus de savoir si Macky Sall devait être candidat, mais pourquoi le chef de l’État a engagé son autorité dans une bataille perdue d’avance.
