La question de l’avenir des systèmes monétaires africains reste au cœur des débats économiques du continent. Lors d’un colloque consacré aux relations entre la France, l’Europe et le monde, l’économiste togolais Kako Nubukpo a renouvelé son plaidoyer en faveur d’une évolution du modèle monétaire hérité de l’histoire coloniale, estimant que l’Afrique doit renforcer ses capacités de décision économique.
Ancien ministre togolais de la Prospective et ex-commissaire de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), Kako Nubukpo a présenté son analyse du franc CFA, une monnaie utilisée par huit pays d’Afrique de l’Ouest membres de l’UEMOA et six États d’Afrique centrale regroupés au sein de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC).
Au cours de cette rencontre organisée par l’Institut La Boétie, l’économiste a insisté sur la nécessité d’ouvrir davantage le débat autour de la souveraineté monétaire africaine. Pour lui, les choix monétaires doivent être davantage liés aux priorités de développement des États africains.
« La question monétaire est une question politique, économique et sociale », a-t-il expliqué, en appelant à une réflexion sur les mécanismes actuels et leurs effets sur les économies du continent.
Dans son intervention, Kako Nubukpo a notamment évoqué le rôle des matières premières agricoles comme le coton, le café ou encore le cacao dans les économies africaines. Selon lui, les revenus issus de ces filières doivent davantage contribuer au financement des infrastructures, des services sociaux et du développement des territoires ruraux.
L’économiste critique également certains mécanismes liés au fonctionnement du franc CFA, notamment la parité fixe avec l’euro et les règles encadrant les réserves de change. Il estime que ces dispositifs réduisent la marge de manœuvre des États dans la conduite de leurs politiques économiques.
Pour appuyer son analyse, il compare la situation des pays membres de la zone CFA avec celle d’autres économies africaines disposant de leur propre monnaie, comme le Ghana ou le Nigeria. Selon lui, ces pays disposent d’outils supplémentaires pour adapter leurs politiques monétaires aux réalités nationales.
Par ailleurs, Kako Nubukpo inscrit cette réflexion dans les mutations actuelles de l’économie mondiale. Il cite notamment l’évolution des rapports économiques internationaux, le développement des échanges au sein des pays émergents et les discussions autour de la diversification des systèmes financiers internationaux.
Auteur de l’ouvrage « Sortir l’Afrique de la servitude monétaire », l’universitaire togolais défend depuis plusieurs années une transformation progressive des mécanismes monétaires africains. Il estime que cette évolution doit permettre aux États du continent de disposer de davantage de moyens pour accompagner leurs stratégies de croissance et de développement.
À travers cette nouvelle prise de parole, Kako Nubukpo poursuit un débat engagé depuis plusieurs années sur la place de la monnaie dans les politiques économiques africaines et sur les conditions nécessaires pour renforcer l’autonomie financière du continent.
