La tournée politique menée ces derniers semaines par Ousmane Sonko dépasse désormais la seule opération de placement des cartes de membres de Pastef-Les Patriotes. De Nioro à Kaolack, puis de Louga à Dahra Djolof, le chef du parti majoritaire à l’Assemblée nationale cherche à structurer ses troupes, à élargir sa base et à maintenir la question du calendrier électoral au centre du débat politique.
À Dahra Djolof, la mobilisation populaire a donné une dimension particulière à la visite. Présent pour promouvoir l’adhésion à Pastef, Ousmane Sonko a aussi renouvelé son appel au respect des échéances électorales. Il a notamment lancé au président Bassirou Diomaye Faye une formule directe, demandant qu’il ait « le courage de fixer la date des élections ».

Cette revendication intervient alors que les prochaines élections territoriales sont attendues en 2027. Pastef avait déjà défendu l’idée d’un scrutin local en janvier 2027, alors que les dernières élections départementales et municipales remontent au 23 janvier 2022. Aucune date précise n’est toutefois arrêtée à ce stade.
La séquence politique a changé depuis l’arrivée au pouvoir du tandem Faye-Sonko en 2024. Ousmane Sonko, désormais président de l’Assemblée nationale, a quitté la Primature en mai dernier. Le mois suivant, il a été reconduit à la tête de Pastef lors du premier congrès national du parti, avec l’appui unanime des 583 délégués nationaux et de la diaspora.

Depuis, la séparation entre les deux figures du pouvoir de 2024 s’est accentuée. Le président Bassirou Diomaye Faye a lancé fin juillet sa propre formation politique, officialisant la rupture avec son ancien allié. Cette recomposition donne une portée particulière aux déplacements de Sonko et à son effort de réorganisation de Pastef.
Le parti dispose encore d’un poids parlementaire considérable. Lors des législatives anticipées du 17 novembre 2024, Pastef avait obtenu 130 des 165 sièges de l’Assemblée nationale, avec 54,96 % des suffrages valablement exprimés.
Dans ses déplacements, Sonko cherche désormais à transformer cette implantation électorale en organisation durable. La vente des cartes de membres constitue l’un des instruments de cette stratégie. Le parti entend aussi renforcer la formation de ses militants et ses structures locales. Une école politique et un programme national de formation patriotique ont notamment été mis en place en 2026.

À Dahra, le discours a également porté sur la discipline politique. Sonko a appelé ses partisans à ne pas répondre aux provocations, à éviter les insultes sur les réseaux sociaux et à rester concentrés sur les objectifs du parti. Une consigne qui prend une importance particulière alors que la rivalité entre les différents pôles issus de l’ancien camp présidentiel gagne en intensité.
L’autre priorité exposée concerne les primo-votants. Pastef veut anticiper leur inscription sur les listes électorales en encourageant les jeunes qui atteignent la majorité à engager suffisamment tôt les démarches liées à l’obtention de leur carte nationale d’identité. Le parti appelle ses structures locales à recenser ces futurs électeurs et à les accompagner dans leurs démarches.
Cette bataille administrative précède donc la bataille électorale proprement dite. La Direction générale des Élections (DGE) est chargée de l’établissement et de la révision des listes électorales, ainsi que de la préparation du calendrier général des opérations électorales.
Le message porté par Sonko depuis plusieurs étapes de sa tournée repose ainsi sur trois leviers. Consolider les effectifs de Pastef, maintenir la pression sur le calendrier électoral et préparer dès maintenant les futurs électeurs. Derrière les rassemblements de Louga, Coki ou Dahra, c’est donc la capacité du parti à transformer sa forte implantation électorale en organisation structurée pour les prochaines échéances qui se joue.
