La diplomatie togolaise se trouve au croisement de plusieurs dossiers qui redessinent les équilibres politiques et sécuritaires en Afrique de l’Ouest. En marge de l’Assemblée générale des Nations unies à New York, le ministre des Affaires étrangères, Prof. Robert Dussey, a répondu aux questions de Marc Perelman pour France 24, livrant sa lecture de l’initiative « Correct the Map », de la coopération avec la Russie, de la crise sahélienne, de la situation sécuritaire dans le nord du Togo et des relations avec la France.
L’échange s’est d’abord concentré sur la résolution adoptée le 4 septembre par l’Assemblée générale des Nations unies sur la représentation cartographique du monde. Portée par le Togo au nom du groupe africain, elle a recueilli 164 voix favorables, contre une seule voix défavorable, avec six abstentions. Le texte encourage l’utilisation de représentations cartographiques susceptibles de restituer plus fidèlement les superficies relatives des continents, tout en précisant qu’il ne modifie en rien les frontières internationalement reconnues.
Pour Robert Dussey, cette démarche procède d’une revendication plus large du Sud global. Le ministre établit un lien entre la représentation géographique du monde et les débats contemporains sur la réparation historique. Il rappelle que la projection de Mercator, conçue au XVIᵉ siècle pour répondre notamment aux nécessités de la navigation, déforme les superficies relatives à mesure que l’on s’éloigne de l’équateur. À ses yeux, la place accordée à l’Afrique dans les représentations cartographiques ne correspond donc pas à sa superficie réelle.
Le chef de la diplomatie togolaise récuse toutefois toute interprétation géopolitique de la résolution. Réagissant à la qualification américaine d’« idéologique radicale », il soutient que l’initiative relève avant tout d’une question scientifique portée, sur le plan diplomatique, par le Togo avec l’Union africaine. Il rejette également toute lecture établissant un lien entre la résolution et les différends territoriaux opposant certains États.
Sur ce point, Robert Dussey insiste sur une distinction qu’il juge fondamentale entre projection cartographique et délimitation territoriale. L’adoption de la résolution, affirme-t-il, n’a entraîné aucune modification des frontières de la Russie, de l’Ukraine ou d’un quelconque autre État. Le texte onusien confirme d’ailleurs que son contenu ne saurait être interprété comme affectant les frontières internationalement reconnues.
La coopération avec Moscou a ensuite donné lieu à un échange plus directement lié aux enjeux de sécurité. Interrogé sur des informations faisant état de la présence au Togo de plus de 300 membres d’Africa Corps, Robert Dussey les réfute sans ambiguïté. Il rappelle que les relations diplomatiques entre le Togo et l’Union soviétique ont été établies en mai 1960, quelques jours après l’indépendance du pays.
Le ministre décrit une coopération qui couvre les domaines politique, diplomatique et commercial et dément la présence de « mercenaires russes », ainsi que celle de militaires ou de paramilitaires russes. Il reconnaît en revanche l’existence de formateurs, qu’il rattache à l’utilisation d’équipements acquis par le Togo. Son explication repose sur une distinction entre coopération technique et déploiement de forces étrangères.
La situation sahélienne constitue un autre axe majeur de l’entretien. Robert Dussey réaffirme la volonté de Lomé de maintenir le dialogue avec le Mali, le Burkina Faso et le Niger, trois États regroupés au sein de l’Alliance des États du Sahel. Il défend une approche fondée sur le refus de leur isolement, estimant que leur situation sécuritaire ne peut être dissociée de celle des pays voisins.
« La solution, c’est de ne pas isoler ces pays », soutient-il, en faisant du dialogue régional un instrument central de la réponse aux menaces sécuritaires. Le ministre considère que la lutte contre les groupes terroristes ne peut être pensée indépendamment des dynamiques politiques qui traversent l’espace ouest-africain.
Interrogé sur la dégradation de la situation au Mali, il reconnaît l’inquiétude de Lomé. Il appelle parallèlement à soutenir les autorités et les forces armées maliennes dans la défense de leur territoire, au motif que la sécurisation du Mali participe également à celle de ses voisins.
Cette doctrine explique aussi l’appel lancé par le ministre à Washington. Dans une tribune publiée en juillet dans The National Interest, Robert Dussey avait plaidé pour une coopération entre les États-Unis et les trois pays de l’AES. Interrogé sur la disposition de l’administration américaine à suivre cette orientation, il répond ne pas le savoir, tout en maintenant que le dialogue et la coopération constituent, selon lui, la voie à privilégier.
La question de l’avenir des relations entre l’AES et la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) est également abordée. Robert Dussey prend acte du choix du Mali, du Burkina Faso et du Niger de constituer une confédération et affirme que ce choix n’empêche pas le maintien des relations entre les populations et les États de la région. Il insiste surtout sur la nécessité d’une réponse collective au défi sécuritaire.
Le ministre évoque enfin la situation dans l’extrême nord du Togo, où la menace terroriste demeure présente. Il affirme que les autorités ont renforcé le dispositif de sécurité et que la coopération avec les forces burkinabè contribue à contenir la menace. Sans communiquer de nouveaux chiffres sur les attaques, il estime que la situation s’est améliorée par rapport à celle observée quatre ans et demi auparavant.
La relation avec la France clôt l’entretien. Marc Perelman évoque notamment la suspension de France 24 et de RFI au Togo ainsi que l’incarcération de deux journalistes français avant leur libération. Robert Dussey conteste néanmoins l’idée d’une relation bilatérale devenue difficile.
« Les relations entre le Togo et la France n’ont jamais été difficiles », affirme-t-il. Il reconnaît l’existence possible de malentendus, tout en assurant que les deux pays continuent de dialoguer et que leurs relations demeurent bonnes.
