La visite officielle de Faure Essozimna Gnassingbé en Chine, du 9 au 16 octobre 2026, ouvre des perspectives de coopération qui dépassent les échanges commerciaux pour englober les infrastructures, l’agriculture, la sécurité et l’intelligence artificielle. La déclaration conjointe publiée le 15 octobre à Pékin formalise cette ambition, sur fond d’échanges bilatéraux évalués à 5,43 milliards de dollars en 2025.

Reçu par le président chinois Xi Jinping le 13 octobre au Grand Palais du Peuple, puis entretenu avec le président du Comité permanent de l’Assemblée populaire nationale, Zhao Leji, le président du Conseil togolais a poursuivi ses échanges avec le Premier ministre Li Qiang le 15 octobre. Ces rencontres ont abouti à une déclaration sur la construction d’une « communauté d’avenir partagé Chine-Togo à l’ère nouvelle », qui définit les orientations d’une coopération appelée à couvrir un éventail plus large de secteurs.
La progression des échanges commerciaux donne une indication de la place prise par la Chine dans l’économie togolaise. Selon les données communiquées par les autorités togolaises, le volume des échanges a atteint 5,43 milliards de dollars en 2025, en hausse de 55 % par rapport à 2024. Premier partenaire commercial du Togo, Pékin constitue un interlocuteur central pour Lomé, qui cherche à renforcer ses capacités productives, à attirer des investissements et à tirer davantage parti de sa position logistique en Afrique de l’Ouest.

L’accès au marché chinois figure parmi les leviers immédiats de cette stratégie. Depuis le 1er mai 2026, Pékin applique un tarif douanier nul aux produits des 53 pays africains avec lesquels elle entretient des relations diplomatiques. La Chine souhaite que le Togo exploite davantage cette ouverture, notamment pour accroître ses exportations agricoles dans le cadre des « corridors verts 2.0 ».
Deux instruments signés pendant la visite visent à faciliter cette dynamique. Un protocole relatif aux exigences de quarantaine végétale doit encadrer l’accès du soja togolais au marché chinois. Un mémorandum d’entente sur le projet d’Opérateur économique agréé prévoit, pour sa part, un rapprochement entre les administrations douanières et les services de contrôle. Ces dispositifs s’attaquent à des conditions essentielles du commerce international, notamment la conformité sanitaire et la fluidité des procédures.

Les deux gouvernements ont également signé un accord-cadre de partenariat économique pour le développement partagé. Ses modules d’application restent à négocier, mais l’objectif annoncé est d’établir un cadre stable et prévisible pour les échanges et les investissements. Le Togo affirme sa volonté d’améliorer son climat des affaires et de favoriser les projets susceptibles de créer des emplois, de transférer des technologies et de développer des chaînes de valeur locales, notamment en lien avec la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf).
La coopération envisagée concerne aussi les infrastructures portuaires et la logistique. Pékin souhaite que Lomé valorise davantage sa fonction de plateforme commerciale régionale. La déclaration prévoit d’explorer un approfondissement des relations dans ces secteurs afin de renforcer le rôle du port et de la capitale togolaise comme points d’accès aux marchés ouest-africains. Aucun projet précis, montant d’investissement ou calendrier de réalisation n’est toutefois détaillé à ce stade.
L’élargissement du partenariat concerne également les technologies. La déclaration exprime le soutien de la Chine à l’ambition togolaise de devenir un pays africain de premier plan dans l’adoption de l’intelligence artificielle pour les services publics, l’éducation, la santé et le développement économique. Le Togo invite les entreprises chinoises à contribuer à cet objectif par des transferts de technologies, la formation, l’investissement et le financement. Cette orientation ouvre un champ de coopération supplémentaire, dont la portée dépendra des projets retenus et des ressources mobilisées.
La sécurité complète ce dispositif. Un mémorandum d’entente relatif à l’Initiative pour la sécurité mondiale doit encadrer les échanges entre les armées et les forces de police, la formation, la coopération technologique ainsi que d’éventuelles manœuvres et séances d’entraînement conjointes. Les deux pays s’engagent également à protéger la sécurité et les intérêts légitimes des ressortissants, des établissements et des projets de l’autre sur leur territoire.

Cette coopération sectorielle s’accompagne d’un rapprochement diplomatique. Le Togo réaffirme son adhésion au principe d’une seule Chine et son opposition à l’indépendance de Taïwan, tandis que Pékin renouvelle son soutien à la souveraineté, à l’unité nationale et à l’intégrité territoriale du Togo. La déclaration salue aussi la réforme constitutionnelle togolaise du 6 mai 2024 et l’avènement de la Ve République, ainsi que les initiatives de Faure Gnassingbé sur plusieurs dossiers africains, dont la médiation de l’Union africaine dans la crise des Grands Lacs.
Les échanges humains restent un autre volet du partenariat. Pékin annonce la poursuite de son programme de bourses et de formations destinées aux jeunes Togolais, l’envoi périodique d’équipes médicales et le maintien de la coopération avec l’Institut Confucius de l’Université de Lomé. Le Festival de la jeunesse Chine-Togo et la campagne de soins « Réchauffer le cœur des enfants » figurent également parmi les initiatives citées.
Structurée en cinq chapitres et trente paragraphes, la déclaration conjointe accorde une place importante au développement, tout en intégrant la sécurité, les échanges culturels et la gouvernance mondiale. Elle fait état de plusieurs documents signés, mais ne précise ni leur nombre total ni la liste exhaustive des instruments conclus au cours de la visite.
Au terme de ce séjour, qui comprend des déplacements annoncés dans les provinces du Shaanxi, du Fujian et du Guangdong, l’enjeu sera de traduire les orientations politiques en réalisations mesurables. La hausse des échanges commerciaux témoigne de l’intensité des relations existantes. L’élargissement de la coopération au port, à l’agriculture, à la sécurité et à l’intelligence artificielle dessine les domaines de sa prochaine évolution, sans que les investissements, les échéances et les résultats attendus soient encore entièrement quantifiés.
