Tenu à Luanda en Angola les 24 et 25 novembre 2025 le 7è sommet des Chefs d’États et de gouvernement des pays de l’Union africaine et de l’Union européenne s’est ouvert ce lundi dans la capitale angolaise. Objectif, redéfinir les contours d’un partenariat nouveau dans un contexte de bouleversements sans précédent des deux rives de la Méditerranée.
Alors que l’Europe est fragilisée par une crise économique et sociale qui tire son origine de la guerre en Ukraine et des milliards déboursés pour la soutenir, l’Afrique devient le centre des alternatives et des convoitises entre puissances économiques mondiales.

Contrairement au passé où les défis économiques du continent convergeaient vers l’Europe un vieux partenaire de part l’histoire liée à la colonisation, de nouvelles alternatives crédibles s’offrent notamment avec les Russes, les Chinois, les Turcs, les Indiens et les Émirats du Golfe qui convergent sur le continent de forts projets dont les principaux sont les infrastructures, l’électricité, l’eau et la technologie.
À la différence de l’Europe qui exige respect des droits de l’homme, bonne gouvernance, liberté et valeur démocratique et qui font plusieurs grandes annonces qui ne sont jamais concrétisées, les nouveaux partenaires décaissent en contrepartie de matières premières sans un regard dans les affaires intérieures des États africains.

Pour le Président du Conseil du Togo Faure Essozimna Gnassingbé ce sommet de Luanda doit s’ouvrir sur du concret, des projets structurants et dépasser la phase des bonnes intentions. Tout en appelant à une coopération renaissante et reconnaissant l’Afrique comme « garante de sa propre sécurité », le chef de l’exécutif du Togo a insisté sur la paix et la sécurité qui sont des enjeux globaux basées sur le principe selon lequel ces deux vecteurs « représentent des biens publics mondiaux dont la première prise en charge est et reste africaine », car dit-il, « la stabilité de l’Afrique conditionne celle du monde ». Faure Gnassingbé réclame également la réinvention d’un multilatéralisme plus juste, plus représentatif face à la fragmentation du monde qui est une nécessité. En somme il faut se départir des relents nostalgiques qui ont fait des pays colonisés des territoires conquis d’office.
Face aux appétits croissants d’autres puissances, l’Europe ne semble plus disposée de moyens suffisants dans la concurrence surtout avec l’arrivée des gouvernements d’extrême droite qui redéfinissent radicalement l’approche européenne de l’Afrique.
La réussite du nouveau pacte Euro-africain dépendra du respect de la souveraineté des pays du Sud, sur les capacités des Européens à respecter les lignes intérieures fixées par les pays africains sans trop de condescendance ni d’immixtion mais en s’alignant progressivement sur les pratiques chinoises, russes, indiennes, turques, des pays du Golfe par la concrétisation des projets viables pour chaque partenaire en lieu et place de beaux discours et de doctrines de plus en plus mal jugés par les Africains. Et comme avertit le Président du Conseil du Togo, « l’Europe a intérêt à ce que le monde reste gouverné par des règles et non par des rapports de force. C’est le sens du partenariat stratégique que nous devons défendre ensemble ». Autrement dit si les institutions internationales refusent de ne pas refléter les réalités contemporaines, elles seront contournées au profit de celles qui s’adaptent.
Les dirigeants africains doivent se montrer à la hauteur des nouveaux enjeux, à la hauteur des responsabilités pour impulser de nouvelles dynamiques à même de propulser les pays vers une émergence et une capacité de transformation dans tous les leviers de développement du continent.
Luanda va rentrer dans l’histoire. Reste à matérialiser les bonnes résolutions prises pour un partenariat gagnant gagnant pour le Nord et pour l’Afrique
Anani Sossou
