Lors d’une conférence de presse tenue vendredi 5 décembre 2025, Aliko Dangote, président du groupe éponyme et figure emblématique de l’entrepreneuriat africain, a lancé un appel vibrant à l’élite économique nigériane : délaisser les symboles ostentatoires de richesse au profit d’investissements productifs créateurs d’emplois.
Le magnat de l’industrie n’a pas mâché ses mots en critiquant les Nigérians fortunés qui privilégient l’acquisition de Rolls-Royce et de jets privés aux investissements dans des secteurs industriels porteurs. « Si vous avez les moyens de vous offrir une Rolls-Royce, vous devriez plutôt créer une industrie dans votre région, ou n’importe où au Nigeria, là où vous estimez qu’il y a un besoin », a-t-il martelé.
Pour l’industriel, cette orientation vers la consommation de luxe constitue un frein majeur au développement du pays. Il soutient que le Nigeria ne peut progresser en restant dépendant des importations, une pratique qui, selon lui, revient à « importer la pauvreté et exporter des emplois ».

Aliko Dangote a profité de cette prise de parole pour saluer les politiques économiques du président Bola Tinubu, notamment la suppression controversée de la subvention sur les carburants. « Il a vraiment pris des mesures économiques courageuses qui portent déjà leurs fruits. Ceux d’entre nous qui ont exploré l’environnement des affaires au Nigeria bénéficient maintenant de ces décisions », a-t-il déclaré.
L’entrepreneur a souligné que la bonne gouvernance, l’État de droit et les politiques économiques favorables mises en place par le gouvernement constituent les véritables catalyseurs de l’investissement. « Vous pouvez constater que rien n’est impossible. Notre travail consiste à continuer d’investir chez nous », a-t-il affirmé.
Dans un argument qui pourrait surprendre certains observateurs, Dangote a insisté sur le fait que les investissements domestiques constituent le principal moteur d’attraction des capitaux étrangers. « Si nous n’investissons pas chez nous, il n’y a personne sur terre qui viendra investir ici. Ce qui attire les investisseurs étrangers, ce sont les investissements domestiques, et c’est exactement ce que nous faisons », a-t-il expliqué.
Interrogé récemment par CNN sur sa décision de doubler la capacité de sa raffinerie, passant de 650 000 barils par jour, l’homme d’affaires a répondu avec simplicité : « Je n’ai nulle part ailleurs où aller investir si ce n’est chez moi. »
Pour Aliko Dangote, « chez soi » s’étend bien au-delà des frontières nigérianes pour englober l’ensemble du continent africain. « L’Afrique possède environ 30 % des minéraux du monde, et beaucoup de gens se battent pour avoir accès à ces ressources. Si nous ne montrons pas la voie en investissant, qui attendons-nous pour venir investir sur notre continent ? », s’est-il interrogé.
Le groupe Dangote, selon son fondateur, a assumé ce leadership en attirant des investissements massifs vers le Nigeria et l’Afrique. Cette vision panafricaine du développement économique repose sur trois piliers fondamentaux : l’agriculture, l’industrialisation et un système bancaire robuste.
L’industriel n’a pas caché ses ambitions pour les années à venir. Le groupe Dangote prévoit d’investir massivement dans la production d’engrais, avec l’objectif de devenir le leader continental du secteur d’ici 2028. La capacité de production d’urée devrait ainsi quadrupler, passant de 3 à 12 millions de tonnes.
Concernant le secteur pétrolier, les projets sont tout aussi impressionnants. La raffinerie Dangote ambitionne d’atteindre une capacité de 1,4 million de barils par jour, un record mondial selon son président. « Cela n’a jamais été fait nulle part dans le monde. Seuls 1,25 million de barils sont raffinés par Reliance [en Inde], et nous serons plus grands que Reliance », a-t-il fièrement annoncé.
Au-delà des chiffres et des projets, c’est toute une philosophie entrepreneuriale que défend Aliko Dangote : celle d’un capitalisme patriotique où les élites économiques assument leur responsabilité dans le développement de leur pays et de leur continent. Un message qui résonne avec force dans un Nigeria en quête de transformation économique et dans une Afrique qui aspire à prendre en main son destin industriel.
Cette vision contraste avec les pratiques d’une partie de l’élite africaine, souvent accusée de privilégier la consommation ostentatoire et les placements à l’étranger au détriment des investissements productifs locaux. Pour Dangote, l’heure est venue de changer de paradigme : les jets privés et les voitures de luxe peuvent attendre, c’est l’avenir industriel du continent qui est en jeu.
