Longtemps cantonné à un rôle administratif discret, le juriste s’affirme progressivement comme un acteur incontournable du système sanitaire togolais. Cette réalité a été mise en lumière le vendredi 19 décembre 2025 à Lomé, à l’occasion de la deuxième Assemblée générale ordinaire de l’Association des juristes de la santé (AJS).
Placée sous le thème « Regards croisés sur le rôle du juriste dans le système sanitaire togolais : point de vue du prestataire et du juriste », la rencontre a réuni responsables administratifs, universitaires, professionnels de santé et juristes, autour d’une même conviction : la santé publique ne peut être efficacement gouvernée sans un solide encadrement juridique.

Un rôle longtemps sous-exploité selon Joël Kossivi Abalo, président de l’AJS et chef division des affaires juridiques au ministère de la Santé, la création de l’association répond à un besoin réel apparu depuis plusieurs années. Depuis 2014, des juristes sont régulièrement recrutés par concours et affectés au ministère de la Santé, puis progressivement déployés dans les services déconcentrés. Cependant, l’absence de référentiel clair définissant leurs missions a souvent limité leur impact opérationnel.
« Il était nécessaire que les juristes se retrouvent pour réfléchir à leur contribution réelle à la santé publique. Tout le monde doit jouer sa partition », explique-t-il.
Le droit, socle des politiques sanitaires
Au cœur des échanges, un message fort s’est dégagé : toute politique de santé repose sur une base juridique. Pour illustrer ce lien étroit entre droit et santé, le président de l’AJS évoque la réglementation du port du casque. Une mesure de prévention efficace, mais dont l’impact dépend largement de l’existence de textes clairs, applicables et respectés.
« La santé publique concerne tous les secteurs, y compris le droit. Lorsqu’une décision politique est prise, c’est au juriste qu’il revient de lui donner une assise légale », souligne-t-il.
Dialogue et complémentarité au centre des débats.
Point d’orgue de cette Assemblée générale, un panel a réuni universitaires, médecins, pharmaciens et juristes. Les discussions ont mis en évidence la nécessité d’une collaboration permanente entre professionnels du droit et prestataires de soins, mais aussi l’importance de la formation continue face aux enjeux émergents, notamment ceux liés à l’intelligence artificielle et à la gouvernance sanitaire. Les participants ont également plaidé pour une présence institutionnalisée des juristes dans les établissements de santé à gouvernance autonome, afin de renforcer la sécurité juridique et la qualité de la prise de décision.

Une association tournée vers l’action
Créée le 29 mars 2025, l’AJS multiplie les initiatives pour renforcer les compétences de ses membres. Des réunions de formation en ligne sont régulièrement organisées, portant notamment sur la rédaction administrative, l’élaboration de projets d’arrêtés et de notes de service. Autant d’outils indispensables pour accompagner efficacement l’action publique.
Les travaux de cette Assemblée générale ont abouti à une série de recommandations que l’association entend exploiter pour mieux se projeter dans l’avenir.
Présent à la cérémonie d’ouverture, le secrétaire général du ministère de la Santé, Kokou Wotobe, a salué l’initiative et réaffirmé l’engagement de son département à soutenir l’AJS. Il a encouragé les juristes à poursuivre le renforcement de leurs compétences afin d’accompagner durablement les réformes du secteur sanitaire.
À travers cette rencontre, l’Association des juristes de la santé entend clairement repositionner le juriste comme un maillon stratégique, au service d’un système de santé plus structuré, plus sécurisé et plus efficace au Togo.
@IKA
