Le manque de ressources prévisibles freine les interventions de la Communauté Économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) sur les terrains de crise. L’organisation a ouvert lundi 4 mai 2026 à Abuja un atelier de trois jours pour examiner cette question et tirer les leçons de ses récents déploiements en Gambie et en Guinée-Bissau.
Le Commissaire chargé des affaires politiques, de la paix et de la sécurité, l’ambassadeur Abdel-Fatau Musah, a exposé le problème. Selon lui, la CEDEAO doit mettre en place des mécanismes de financement prévisibles pour ses opérations de soutien à la paix afin d’accéder aux fonds prévus par la résolution 2017 des Nations unies. Cette résolution ouvre des possibilités de financement que l’institution régionale peine encore à mobiliser faute de structures adaptées.

Les participants examinent plusieurs pistes. L’utilisation du Fonds pour la paix de la CEDEAO figure parmi les options discutées. Ce fonds existe mais son activation et son alimentation régulière posent des difficultés. Les États membres contribuent de manière irrégulière et les montants disponibles ne permettent pas de planifier des interventions sur la durée.
Les expériences en Gambie et en Guinée-Bissau servent de base de réflexion. Ces deux déploiements ont révélé des failles dans la chaîne logistique et la mobilisation rapide des troupes. Les retards dans le versement des soldes et l’approvisionnement en matériel ont compliqué les missions. Les enseignements de ces opérations doivent nourrir la révision de la Force de réserve de la CEDEAO (ESF), actuellement en cours.
Cette révision stratégique vise à réorienter l’ESF vers la lutte contre le terrorisme. Les groupes armés qui sévissent dans plusieurs pays de la région imposent de repenser le format et les capacités de la force régionale. Les discussions portent sur les moyens de rendre cette force plus réactive et mieux équipée face aux nouvelles menaces.

Le Haut-Commissaire de la République de Sierra Leone auprès du Nigeria et de la CEDEAO, Dr Julius Sandy, préside le Comité des représentants permanents (CRP) de l’organisation. Il a souligné que la paix et la sécurité conditionnent les progrès de l’intégration économique et régionale en Afrique de l’Ouest. Sans stabilité, les projets de développement et les échanges commerciaux restent compromis.
L’ambassadeur Olawale Emmanuel Awe, représentant permanent du Nigeria auprès de la CEDEAO, a réaffirmé l’engagement de son pays à soutenir la sécurité régionale. Le Nigeria fournit traditionnellement le plus gros contingent lors des interventions de la CEDEAO et finance une part importante des opérations. Cette contribution bilatérale ne suffit toutefois pas à garantir la pérennité du dispositif.
L’atelier organisé par la Division des opérations de soutien à la paix doit produire des recommandations concrètes. Les experts militaires et les diplomates présents travaillent sur un cahier des charges pour la nouvelle ESF et sur les mécanismes qui permettraient d’assurer un financement stable des futures interventions.
