Les fermetures d’écoles se multiplient dans la bande sahélienne. En cinq ans, le chiffre a quadruplé au Burkina Faso, au Niger et au Tchad. Derrière ces statistiques se cachent des millions d’enfants privés de salle de classe. Pendant ce temps, les gouvernements réduisent leurs budgets éducatifs plutôt que de les renforcer. Cette équation impossible pousse les autorités régionales à se réunir.
Depuis mardi, des représentants de dix pays africains planifient ensemble une réponse à cette crise. L’atelier qui s’ouvre à Kpalimé réunit vingt-huit délégués issus de coalitions nationales et d’organisations de la société civile. Le Bénin, le Burkina Faso, le Cameroun, la Guinée, Madagascar et le Sénégal sont présents aux côtés du Togo. Quatre jours d’échanges intenses les attendent pour décrypter comment protéger l’école quand tout s’écroule autour.
Le contexte s’aggrave. Les crises sécuritaires s’étendent. Les phénomènes climatiques se multiplient. Ces deux fléaux converge vers une même cible : l’accès à l’éducation. Selon Mme Asmara Figue, conseillère régionale du programme EOL en Afrique de l’Ouest et Centrale, la situation demeure « particulièrement alarmante » dans la zone sahélienne. Elle a relevé que près d’un quart de milliard d’enfants vivent aujourd’hui dans des zones touchées par des crises. Beaucoup risquent d’être abandonnés à eux-mêmes, sans perspective scolaire.
Le paradoxe financier mine tous les efforts. Les besoins explosent tandis que les dotations stagnent. Les budgets alloués à l’éducation humanitaire demeurent figés. Aucune augmentation ne vient soutenir cette urgence croissante. Les décideurs, selon Mme Figue, doivent inverser cette tendance. L’investissement dans l’éducation en crise ne relève plus d’une option philanthropique, mais d’une nécessité stratégique.
Pour transformer cette réalité, l’atelier propose une approche nouvelle. Les systèmes éducatifs ne doivent plus être simplement réactifs face aux catastrophes. Ils doivent devenir proactifs et résilients dès leur conception. Cela implique de réviser les normes minimales d’éducation en tenant compte des contextes de crise. Cela exige aussi d’analyser les plans sectoriels sectoriels à travers un prisme climatique.
Le vice-doyen de l’Inspection générale de l’éducation (IGE) a livré un diagnostic sans détour. La diminution des financements internationaux, combinée aux crises sécuritaires et climatiques, menace la qualité de l’apprentissage. Il a demandé une meilleure coordination et un alignement renforcé sur les priorités nationales. L’objectif reste simple mais ambitieux : garantir une éducation inclusive et équitable même dans les pires conditions.
L’éducation en situation d’urgence (ESU) repose sur des mécanismes concrets. Les classes temporaires se mettent en place là où les bâtiments sont détruits. Les cours à distance remplacent les cours physiques quand les déplacements deviennent impossibles. Mais ces solutions ne fonctionnent que si quelqu’un les finance. Ce financement fait défaut.
Sur ces quatre jours, les délégués vont élaborer une feuille de route commune. Ils affineront les priorités pour les douze prochains mois. Ils testeront également des techniques de plaidoyer stratégique auprès des décideurs. L’enjeu est que ces pays ne travaillent plus en silo. La crise de l’éducation est régionale. Les réponses doivent l’être aussi.
