Les chantiers manquent de bras qualifiés. Le secteur du bâtiment et des travaux publics (BTP) explose en Afrique de l’Ouest. Les villes se construisent. Les infrastructures se multiplient. Mais une question embarrasse les promoteurs immobiliers et les gouvernements. Où trouver les électriciens, les maçons, les charpentiers, les menuisiers qui sauront répondre à cette demande ? Mercredi dernier, le Togo a tenté une réponse. Elle passe par une revalorisation complète des métiers manuels.

La conférence organisée sur l’immobilier africain a vidé une vérité longtemps cachée. Ces métiers existent. Ils embauchent. Ils créent de la richesse. Mais personne ne le sait. Les jeunes ignorent qu’un électricien expérimenté gagne bien. Ils ne savent pas qu’un chef d’équipe sur un chantier de construction ouvre des portes professionnelles. L’invisibilité de ces carrières pose un vrai problème. Le secteur reste affamé de compétences tandis que la jeunesse cherche ailleurs.
La situation économique dépend pourtant du BTP. Selon le directeur de cabinet du ministère de l’Aménagement du territoire et de l’Urbanisme, Dr EDOH Komla, il suffit d’une phrase pour résumer l’enjeu. « Quand le bâtiment va, tout va. » Cette affirmation simple cache une réalité complexe. Le secteur crée des emplois directs. Mais aussi indirects. L’architecture, la décoration, le mobilier, les services financiers gravitent autour du BTP. Un chantier qui démarre génère du travail sur plusieurs mois ou années. C’est une chaîne économique qu’on ne peut ignorer.

Or cette chaîne manque de maillons. Les centres de formation professionnelle existent. Le Centre de la Construction et du Logement (CCL) fonctionne depuis 1967. Les Instituts de Formation en Aménagement et Développement (IFAD) se multiplient. Mais les jeunes ne trouvent pas le chemin vers ces écoles. Le gap entre la capacité de formation et la demande de formation demeure béant.
Trois problèmes explicatifs ont été identifiés lors de la conférence. D’abord, la formation elle-même doit être renforcée. Les dispositifs existants forment peut-être trop lentement ou pas aux bons métiers. Ensuite vient l’information. Les jeunes ne connaissent simplement pas les débouchés. Un lycéen de Lomé visant la stabilité professionnelle ignore que la menuiserie paye mieux que certains emplois administratifs. Enfin, l’insertion pâtit d’un manque de passerelles. Les écoles ne parlent pas aux entreprises. Les entreprises ne savent pas où recruter. Les chantiers se font sans lien avec les centres de formation.

Ces trois obstacles créent un cercle vicieux. Pas assez de main-d’œuvre qualifiée. Donc les salaires montent. Donc les coûts de construction augmentent. Donc l’accès au logement se complexifie. Les villes grandissent. Les besoins explosent. Mais les capacités de réponse stagnent. C’est dans ce contexte que s’inscrit l’ambition gouvernementale de transformer la relation entre formation et emploi.
Madame Lorraine Michelle Ekue, promotrice de la conférence, a soulevé l’urgence avec clarté. Il faut former une nouvelle génération de professionnels qualifiés capables de répondre aux standards techniques imposés par l’urbanisation rapide. Ce n’est pas une demande philanthropique. C’est une nécessité économique. Les normes de construction deviennent plus complexes. Les clients exigent de la qualité. Sans ouvriers bien formés, cette qualité reste inaccessible.
Parmi les solutions proposées figure le programme de mentorat Impact 360 porté par African Business Immo. L’idée dépasse la simple formation technique. Il s’agit d’accompagner les jeunes dans leur orientation professionnelle, leur insertion et leur accès à l’entrepreneuriat. Un jeune qui apprend à poser du carrelage peut ensuite créer son propre entreprise de revêtement. C’est transformer un ouvrier en entrepreneur. C’est créer de la richesse locale.
En arrière-plan se dessine un enjeu de souveraineté qu’on énonce rarement. Quand un pays exporte sa main-d’œuvre ou importe des compétences étrangères, il exporte aussi du pouvoir économique. Valoriser la compétence locale, c’est reprendre du contrôle. C’est décider que le développement se fera avec ses propres enfants, pas avec des talents venus d’ailleurs. C’est un calcul politique autant qu’économique.
Le secteur immobilier africain croît. Les villes demandent des immeubles, des routes, des aéroports. Cette demande ne disparaîtra pas. La question reste ouverte : qui construira ces villes ? Des techniciens venus d’Asie et d’Europe ? Ou une jeunesse africaine finalement bien formée et bien rémunérée ? La conférence de mercredi a posé le défi.
