L’intégration africaine ne se jouera pas seulement dans les accords signés ou les déclarations politiques. Pour le Président du Conseil, Faure Essozimna Gnassingbé, elle dépend désormais de la capacité du continent à bâtir des connexions concrètes entre ses économies, ses entreprises et ses populations.

À l’ouverture de la Convention et Exposition africaines du transport aérien 2026 (CEATA), le dirigeant togolais a livré une intervention structurée autour d’une idée centrale. Le transport aérien ne constitue pas uniquement un secteur économique. Il représente aussi un levier pour rapprocher les marchés africains et soutenir les ambitions de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf).
Dès les premières minutes de son allocution, Faure Gnassingbé a replacé le débat au-delà des questions techniques. « Parler du ciel africain, ce n’est pas seulement parler de routes aériennes, de compagnies, d’aéroports ou de régulation. C’est parler de la manière dont l’Afrique se relie à elle-même ». Une formulation qui traduit une vision plus large de la connectivité, associée à la mobilité, au commerce et à la compétitivité.

Le Président du Conseil estime que les instruments de l’intégration continentale existent déjà. Le Marché unique du transport aérien africain (MUTAA), la ZLECAf et l’Agenda 2063 de l’Union africaine constituent, selon lui, des cadres suffisamment solides. La difficulté réside désormais dans leur application concrète.
« L’intégration ne se mesure pas seulement aux textes adoptés. Elle se mesure aux résultats visibles », a-t-il déclaré, en citant notamment l’ouverture des routes aériennes, la baisse des coûts et la fluidité des échanges.
Cette approche rejoint d’ailleurs les constats régulièrement formulés par l’Association du transport aérien international (IATA) et la Commission africaine de l’aviation civile (CAFAC). Malgré les progrès observés ces dernières années, les liaisons directes entre plusieurs capitales africaines demeurent limitées, tandis que les coûts du transport aérien figurent parmi les plus élevés au monde.
Faure Gnassingbé a ainsi appelé les États à accélérer la mise en œuvre du MUTAA. « Le Marché unique du transport aérien africain doit donc entrer dans une phase plus concrète », a-t-il affirmé, plaidant pour l’harmonisation des accords aériens, une meilleure utilisation des droits de trafic et le développement de corridors prioritaires.
Au-delà des infrastructures, le Président du Conseil a attiré l’attention sur un autre défi. Pour lui, un espace aérien ouvert ne produira pas tous ses effets tant que les billets resteront coûteux et que les formalités de voyage continueront de ralentir les déplacements.
« Un billet trop cher n’est pas seulement une contrainte pour le passager. C’est une barrière pour l’entrepreneur, pour le tourisme, pour les étudiants, pour les familles, pour les commerçants », a-t-il souligné.
Dans cette logique, il a plaidé pour davantage de transparence sur les taxes et redevances appliquées au secteur aérien. Il a également insisté sur la simplification des procédures administratives, la digitalisation des services et une meilleure gestion du fret. Pour lui, ces sujets dépassent largement le cadre administratif et participent directement à l’intégration du continent.
Une autre partie du discours a porté sur la place du transport aérien dans les stratégies de transformation économique. Faure Gnassingbé a estimé que l’aviation africaine ne devait plus être perçue uniquement sous l’angle du transport des passagers.
« L’aviation est aussi une infrastructure économique », a-t-il déclaré, évoquant son rôle dans l’agriculture, l’industrie, la santé, le commerce numérique ainsi que les exportations à forte valeur ajoutée.
Cette orientation met en lumière le développement du fret aérien, souvent présenté comme l’un des maillons essentiels de la compétitivité africaine. Le Président du Conseil a notamment établi un lien direct entre le renforcement des capacités logistiques et les ambitions commerciales de la ZLECAf. Selon lui, la réduction des barrières douanières ne suffira pas si les marchandises ne circulent pas plus rapidement entre les économies du continent.
Le dernier axe de son intervention concerne la consolidation d’une industrie aéronautique africaine plus autonome. Faure Gnassingbé a mis l’accent sur la nécessité de disposer d’aéroports modernes, de capacités de maintenance, de systèmes numériques fiables ainsi que de compétences techniques capables d’accompagner la croissance du secteur.
Il a également insisté sur la formation des jeunes et le développement des savoir-faire locaux. « La souveraineté aéronautique ne se construira pas seulement avec des infrastructures. Elle se construira aussi avec des compétences », a-t-il affirmé.
Au terme de son intervention, le Président du Conseil a résumé sa vision en une formule qui a marqué cette cérémonie d’ouverture. « Un ciel africain unique n’est pas seulement un projet d’aviation. C’est un projet d’intégration, de développement et de souveraineté ».
À travers ce discours, le Champion du Marché unique du transport aérien africain a surtout placé le débat sur le terrain de l’efficacité économique. Son message met l’accent sur la nécessité de relier davantage les marchés africains, de faciliter la circulation des personnes et des biens et de renforcer les outils capables d’accompagner les ambitions continentales déjà portées par l’Union africaine.
