La diaspora burkinabè réclame le respect de la souveraineté du Burkina Faso. Après l’adoption par le Parlement européen d’une résolution liée aux propos de Christophe Gomart, Ismael Simporé livre une réaction sans détour. Entre souveraineté, relations internationales et rôle de la diaspora, il appelle au dialogue plutôt qu’aux sanctions.

Lire ci-dessous cette interview :
Journaliste : L’Union européenne vient d’adopter une résolution contre le Burkina Faso après les propos de M. Christophe Gomart. Quelle est votre réaction ?
Ismael Simporé : Je prends acte de l’adoption de la résolution du Parlement européen. Toutefois, je regrette que certaines affirmations qu’elle contient ne reflètent pas pleinement la réalité et le contexte national. Les choix politiques du Burkina Faso relèvent de sa souveraineté et doivent être appréciés à l’aune des priorités et des contraintes locales. Le pays poursuit des efforts soutenus en matière de sécurité, de relance économique, de renforcement des services publics et d’autosuffisance alimentaire. J’exhorte nos partenaires européens à privilégier le dialogue constructif, fondé sur des faits vérifiés et le respect mutuel, afin de favoriser des réponses pragmatiques et durables aux défis communs.
Qu’en est-il des relations diplomatiques avec la France, ancienne puissance coloniale ?
Ismael Simporé : Il convient de distinguer clairement les relations entre gouvernements et les liens qui unissent les peuples. Le Burkina Faso ne nourrit aucune hostilité envers le peuple français, avec lequel nous partageons des affinités culturelles et historiques. Les désaccords actuels portent sur certaines méthodes et approches diplomatiques que nous jugeons inadaptées aux réalités régionales et à l’exigence de respect mutuel. Le Burkina demeure disposé à bâtir un partenariat bilatéral rénové, fondé sur l’égalité, la transparence et la coopération concrète notamment en matière de sécurité, de développement et de formation. Le peuple burkinabè est fier de son armée nationale et de son premier responsable, le Camarade Président, le Capitaine Ibrahim TRAORE, symbole de la résilience et de la détermination collective.
Vous concluez sur cette phrase : « Jusqu’à quand un peuple digne devra-t-il justifier son droit à décider de son propre destin ? » Pouvez-vous préciser ?
Ismael Simporé : Cette question renvoie au principe fondamental de la souveraineté des États et au respect du droit international. Chaque peuple doit pouvoir définir ses priorités en matière de sécurité, de gouvernance et de développement sans ingérence extérieure. Le Burkina Faso aspire à des relations internationales où le respect et la coopération remplacent la tutelle, et où l’appui extérieur renforce les capacités nationales plutôt que d’imposer des choix. Nous continuerons d’avancer en nous appuyant sur la résilience de nos institutions et la mobilisation de nos citoyens, tout en restant ouverts à un dialogue franc et constructif.
Quelle est, selon vous, la situation sécuritaire actuelle au Burkina Faso et quelles sont les priorités pour restaurer la paix durablement ?
Ismael Simporé : La situation sécuritaire demeure un défi majeur qui nécessite une réponse globale et coordonnée. Les priorités sont la consolidation des capacités des forces nationales, le renforcement des services de renseignement et de justice, et la mise en œuvre de politiques de prévention : réinsertion, développement local, lutte contre les inégalités. La coopération régionale et internationale est utile, mais elle doit respecter la souveraineté et s’inscrire dans des cadres de partenariat transparents. La sécurité durable suppose d’associer les communautés locales aux processus de stabilisation afin de restaurer la confiance.
Quel rôle peut jouer la diaspora burkinabè dans le redressement national et dans la promotion d’un dialogue apaisé avec les partenaires internationaux ?
Ismael Simporé : La diaspora est un vecteur essentiel de compétences, d’investissements et de plaidoyer. Elle peut contribuer par le transfert de savoir-faire, la mise en place de projets économiques et sociaux, et la diplomatie parallèle pour favoriser la compréhension mutuelle à l’étranger. Les membres de la diaspora doivent agir comme ponts : promouvoir une image factuelle du pays, expliquer les choix nationaux et encourager des partenariats respectueux. Pour maximiser cet apport, l’État doit créer des mécanismes d’engagement clairs afin d’intégrer durablement la diaspora dans la stratégie nationale de développement.
Quelles perspectives économiques et de coopération le Burkina Faso peut-il envisager malgré les tensions diplomatiques actuelles ?
Ismael Simporé : Malgré un contexte diplomatique tendu, des opportunités concrètes subsistent. Le Burkina peut renforcer la coopération avec des partenaires variés autour de projets prioritaires : infrastructures, agriculture résiliente, santé publique et formation professionnelle. L’accent doit être mis sur des partenariats axés sur le transfert de compétences, la durabilité et la création d’emplois. Le renforcement des institutions de gestion économique et la transparence dans la gouvernance attireront des investissements plus durables. Le pays reste ouvert aux initiatives qui respectent sa souveraineté.
Entretien réalisé par Indépendant Journal
