À quelques jours de la fin de sa mission au Togo, l’ambassadeur de l’Union européenne, Gwilym Ceri Jones, a réuni dans la soirée du jeudi 16 juillet artistes, cinéastes, journalistes, communicants et partenaires autour de la projection du documentaire ukrainien Porcelain War. Organisée à la Résidence de l’Union européenne à Lomé, cette rencontre visait à susciter une réflexion sur les conséquences humaines des conflits armés et sur le rôle que peut jouer la culture dans la résilience des sociétés.
Récompensé par le Grand Jury Prize au Festival de Sundance 2024, Porcelain War suit le parcours de trois artistes ukrainiens qui poursuivent leur travail créatif malgré les bombardements. Leurs œuvres en porcelaine, réalisées au cœur d’un pays en guerre, deviennent des témoignages de résistance, de mémoire et d’espérance. À travers leurs créations, le documentaire montre que l’art demeure un espace où l’identité, la dignité et l’espoir continuent de s’exprimer, même dans les circonstances les plus éprouvantes.

Le choix de cette œuvre s’inscrivait dans la volonté du diplomate de replacer l’humain au centre des échanges. Depuis plus de trois ans, la guerre en Ukraine continue de bouleverser des millions de personnes. Au-delà des destructions matérielles, elle entraîne des répercussions économiques, énergétiques et alimentaires qui dépassent largement les frontières européennes. Mais derrière ces conséquences se trouvent avant tout des familles séparées, des communautés déplacées et des vies durablement marquées.

« On pense souvent à cette guerre sous un angle économique ou géopolitique. Voir ce documentaire permet de mesurer à quel point cette histoire est d’abord une tragédie humaine », a déclaré Gwilym Ceri Jones à l’issue de la projection.
Cette réflexion trouve un écho particulier en Afrique de l’Ouest. Si la région ne connaît pas un conflit comparable à celui de l’Ukraine, plusieurs États sont confrontés à une dégradation persistante de leur environnement sécuritaire sous l’effet de l’expansion des groupes armés terroristes au Sahel.
Le Togo, notamment dans sa région des Savanes, subit depuis plusieurs années les répercussions de cette instabilité régionale. Les attaques enregistrées dans cette partie du territoire ont rappelé que les crises sécuritaires dépassent les frontières et que leurs premières victimes demeurent les populations civiles. Elles alimentent un climat d’inquiétude dans les communautés frontalières et rappellent que derrière chaque épisode de violence se trouvent des familles endeuillées, des personnes déplacées et des communautés profondément fragilisées.
À travers cette initiative, l’ambassadeur a voulu rappeler que les conflits, où qu’ils éclatent, interpellent l’ensemble de la communauté internationale. Ils posent la même question fondamentale : comment préserver la dignité humaine, la solidarité et la culture lorsque la violence s’installe durablement ?
Au-delà du message porté par le documentaire, cette soirée a également offert au diplomate l’occasion de revenir sur les principaux axes de la coopération entre l’Union européenne et le Togo au cours de son mandat.
« J’ai passé deux années magnifiques avec vous. Au-delà des liens d’amitié, je retiens surtout le travail accompli ensemble et les résultats obtenus dans notre intérêt commun », a-t-il confié.
Parmi les réalisations évoquées figure l’appui de l’Union européenne au développement du secteur énergétique. Plusieurs investissements structurants sont en cours afin d’accroître les capacités nationales de production d’électricité, avec notamment un important projet dont la production devrait représenter, à terme, près de 20 % de la capacité actuelle du pays.
Le diplomate a également rappelé le soutien apporté aux programmes sociaux, en particulier aux cantines scolaires, qui permettent chaque jour à des milliers d’enfants des zones rurales de bénéficier d’un repas chaud et de poursuivre leur scolarité dans de meilleures conditions.
La coopération en matière de sécurité et de défense s’est, elle aussi, intensifiée au cours de ces deux dernières années. Face à l’évolution de la menace terroriste dans le Sahel, l’Union européenne accompagne le Togo dans le renforcement des capacités de ses forces de défense et de sécurité afin de contribuer à la protection des populations et à la préservation de la stabilité nationale.
« Les défis sont réels. Les difficultés sont présentes à nos frontières. C’est pourquoi notre coopération en matière de sécurité et de défense s’est fortement développée », a souligné Gwilym Ceri Jones.
Interrogé sur le souvenir qu’il conservera de son séjour au Togo, l’ambassadeur a surtout évoqué les relations humaines nouées au fil de ces deux années.
« Je repars avec beaucoup d’affection pour ce pays et pour les personnes rencontrées ici. J’espère conserver ces liens. Ce furent deux très belles années », a-t-il déclaré.
En réunissant des acteurs de la création et des médias autour de Porcelain War, Gwilym Ceri Jones a également souligné la responsabilité de ceux qui racontent les crises et donnent une voix à celles et ceux qui les vivent. Artistes, cinéastes et journalistes contribuent, chacun à leur manière, à préserver la mémoire collective, à nourrir le dialogue entre les peuples et à rappeler que derrière chaque conflit se trouvent des histoires humaines.
Au moment de tourner la page de sa mission diplomatique au Togo, l’ambassadeur de l’Union européenne aura ainsi choisi de laisser moins un bilan qu’une réflexion. Dans un contexte international marqué par la multiplication des conflits et des crises sécuritaires, il a rappelé que la paix ne se construit pas uniquement par les réponses politiques, diplomatiques ou militaires. Elle repose également sur la capacité des sociétés à préserver leur culture, leur mémoire et, surtout, leur humanité.
