Le Parlement sierra-léonais a approuvé lundi une réforme constitutionnelle qui pourrait modifier en profondeur les règles des prochaines élections présidentielles et législatives. Le texte abaisse notamment le seuil requis pour être élu président et introduit une représentation proportionnelle au Parlement, tout en renforçant la place des femmes dans les institutions politiques.
La réforme prévoit de remplacer le seuil actuel de 55 % des suffrages valides par une règle fixée à 50 % plus une voix. Cette modification pourrait avoir des conséquences directes sur le scrutin présidentiel de 2028, dans un système où l’absence de majorité absolue conduit actuellement à un second tour entre les deux candidats arrivés en tête.
La Constitution en vigueur fixe aujourd’hui à 55 % le minimum nécessaire pour être élu dès le premier tour. Cette règle avait notamment pour effet de favoriser la recherche d’une majorité électorale large avant l’accession à la présidence. La réforme ferait donc évoluer sensiblement le mécanisme de désignation du chef de l’État.
Le texte ne se limite toutefois pas à l’élection présidentielle. Il prévoit également l’introduction de la représentation proportionnelle pour les élections parlementaires. Le changement vise à mieux traduire le poids électoral des formations politiques dans la composition de l’Assemblée, alors que le système électoral actuel repose principalement sur des circonscriptions.
La question de la représentation des femmes figure aussi parmi les dispositions centrales du projet. Un quota de 30 % est prévu pour les postes de direction politique. Cette mesure vient renforcer un cadre juridique déjà engagé en faveur d’une participation accrue des femmes. La législation sierra-léonaise prévoit notamment depuis plusieurs années des mécanismes de quota dans les élections et dans l’accès aux fonctions publiques.
L’adoption du texte a toutefois été marquée par une controverse sur la procédure suivie. Les députés de l’All People’s Congress (APC), principale formation d’opposition, ont quitté la séance en contestant le recours à une majorité simple. Ils estiment que la nature constitutionnelle de la réforme imposait une majorité des deux tiers.
Cette contestation intervient alors que la Constitution sierra-léonaise prévoit, pour les amendements constitutionnels, un soutien d’au moins deux tiers des membres du Parlement lors des deuxième et troisième lectures. Certaines dispositions exigent en outre une validation par référendum. La procédure applicable dépend donc des articles constitutionnels concernés par la réforme.
Le débat dépasse ainsi la seule mécanique électorale. Il porte aussi sur les conditions dans lesquelles les règles du scrutin peuvent être modifiées à l’approche d’une échéance présidentielle. Le gouvernement et sa majorité devront désormais composer avec les objections de l’opposition et avec les exigences constitutionnelles susceptibles de s’appliquer à la suite du vote parlementaire.
La présidentielle de 2028 se profile déjà comme le principal test du nouveau dispositif. La modification du seuil présidentiel, le changement du mode de représentation parlementaire et le renforcement des quotas de femmes pourraient transformer les stratégies des partis et la configuration des prochaines campagnes électorales.
Le calendrier et les modalités de mise en œuvre de ces changements seront donc déterminants pour savoir si la réforme pourra effectivement s’appliquer au prochain cycle électoral.
