La Communauté Économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) engage la préparation de son Cadre de dépenses à moyen terme (CDMT) 2027-2029 avec une ambition précise, mieux relier les choix budgétaires aux résultats attendus de l’organisation. Quelque 120 participants issus des institutions, départements et agences communautaires prennent part à cet exercice destiné à transformer les orientations stratégiques en programmes chiffrés, avec des indicateurs et des besoins financiers définis.
Derrière cet exercice budgétaire se joue une question de méthode. Il ne s’agit plus seulement d’identifier les activités à financer, mais de préciser les résultats recherchés, leur coût et les moyens de mesurer leur réalisation. Le CDMT doit ainsi servir de passerelle entre la planification stratégique, la programmation des dépenses et l’exécution des politiques communautaires.
Cette approche fait écho aux travaux conduits depuis plusieurs années par la CEDEAO pour renforcer la gestion axée sur les résultats. En juillet 2025, la Commission avait déjà organisé à Lagos une formation destinée aux points focaux chargés du CDMT. L’objectif était alors de renforcer leur capacité à relier les activités des directions aux programmes et projets communautaires, ainsi qu’à l’architecture formée par la Vision 2050 et le cadre stratégique de la Communauté.
La préparation du cycle 2027-2029 intervient aussi après l’adoption du budget communautaire 2026-2028, publiée par la CEDEAO le 31 juillet 2026. Le nouveau CDMT doit donc prolonger les mécanismes déjà engagés tout en affinant la programmation des ressources sur plusieurs exercices budgétaires.
L’enjeu est d’autant plus important que la Vision 2050 fixe des objectifs qui dépassent largement le cadre d’un exercice financier. Adoptée en décembre 2021 par les chefs d’État et de gouvernement de la CEDEAO, elle repose notamment sur la paix et la sécurité, la gouvernance et l’État de droit, l’intégration économique et l’interconnexion, ainsi que l’inclusion sociale. Sa mise en œuvre suppose de traduire ces orientations de long terme en cadres stratégiques, programmes et actions successifs.
Le dispositif préparé pour 2027-2029 accorde donc une place centrale à la qualité de la programmation. Les équipes sont appelées à travailler sur les outils du CDMT, la programmation axée sur les résultats, la définition d’indicateurs SMART, l’évaluation des coûts et la préparation budgétaire. L’objectif est de disposer de projets dont les objectifs, les résultats attendus et les ressources nécessaires puissent être examinés sur une même base.
Cette démarche repose également sur un travail transversal entre les fonctions de planification, de budget, de trésorerie et de ressources humaines. La coordination entre ces domaines doit faciliter la construction de programmes cohérents et limiter les écarts entre les priorités retenues et les ressources effectivement mobilisées.
La CEDEAO avait déjà engagé ce rapprochement entre planification et performance lors de la première réunion du Comité technique de planification stratégique et budgétaire de 2026. Tenue du 1er au 4 juin au Nigeria, cette rencontre avait notamment porté sur la circulaire budgétaire du CDMT 2027-2030, la définition d’une méthode commune de calcul du taux d’exécution physique et l’élaboration d’indicateurs clés pour le suivi de la Vision 2050.
Le choix d’indicateurs communs répond à une exigence concrète. Une politique communautaire ne peut être correctement suivie que si ses résultats sont mesurables et comparables. La CEDEAO cherche ainsi à renforcer la capacité de ses institutions et agences à suivre leurs programmes, à apprécier leur niveau d’exécution et à ajuster leurs prévisions lorsque cela s’avère nécessaire.
Le processus du CDMT 2027-2029 repose enfin sur l’examen par les pairs et l’apprentissage collectif. Les 120 participants doivent confronter leurs pratiques, harmoniser leurs méthodes et améliorer la qualité des projets soumis. Cette dimension technique vise à créer une meilleure continuité entre les équipes qui conçoivent les programmes et celles qui évaluent leur coût, leur financement et leur exécution.
Pour une organisation régionale qui doit concilier des priorités nombreuses avec des ressources limitées, la programmation pluriannuelle devient ainsi un instrument de hiérarchisation. Le CDMT 2027-2029 doit traduire cette logique dans les chiffres, en reliant chaque priorité à des activités, des résultats mesurables et des ressources identifiées. La préparation budgétaire devient alors l’un des leviers de mise en œuvre de la Vision 2050, plutôt qu’un exercice séparé de la planification stratégique.
