La rencontre entre la vice-présidente de la Commission de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), Damtien L. Tchintchibidja, et le vice-Premier ministre et ministre des Affaires étrangères de Thaïlande, Sihasak Phuangketkeow, ouvre une séquence consacrée au renforcement des relations entre l’Afrique de l’Ouest et l’Asie du Sud-Est. Les échanges ont porté sur les moyens de transformer les intérêts communs en coopérations concrètes, notamment dans le développement, le commerce et l’investissement.
La visite du ministre thaïlandais au nouveau siège de la Commission de la CEDEAO, à Abuja, intervient dans le cadre d’un déplacement officiel au Nigeria et en Éthiopie du 25 au 29 août. Il conduisait une délégation de 27 membres et devait rencontrer plusieurs responsables nigérians ainsi que le président de la Commission de la CEDEAO, Omar Alieu Touray.

Pour la vice-présidente de la Commission, cette rencontre constitue une occasion de donner davantage de substance aux relations entre les deux espaces régionaux. Damtien L. Tchintchibidja a transmis les salutations du président de la Commission et relevé les convergences entre la CEDEAO et la Thaïlande autour de la paix, de la prospérité et du développement durable.
Le ministre thaïlandais a, de son côté, placé la coopération au développement au cœur de la démarche de son pays. Sihasak Phuangketkeow a indiqué que Bangkok souhaitait identifier des secteurs dans lesquels son expérience et ses capacités pourraient répondre aux priorités de l’Afrique de l’Ouest. L’objectif affiché est de privilégier des projets concrets et une coopération fondée sur des intérêts réciproques.
Cette orientation correspond au repositionnement de la Thailand-Africa Initiative (TAI), relancée par Bangkok en décembre 2025. Lancée initialement en 2013, cette politique thaïlandaise repose désormais sur quatre axes, avec la coopération politique, les échanges économiques, la coopération au développement et la coordination stratégique sur les questions internationales. Bangkok cherche ainsi à dépasser une approche limitée à l’aide technique pour développer des relations économiques et institutionnelles plus étroites avec les pays africains.
La démarche thaïlandaise prend aussi une dimension régionale. En mai 2026, Sihasak Phuangketkeow avait présenté aux représentants diplomatiques africains en Thaïlande les priorités de la TAI, avec une attention particulière portée au commerce, aux investissements, au développement des compétences et aux enjeux internationaux. Le gouvernement thaïlandais a également exprimé sa volonté de rapprocher davantage les mécanismes de coopération entre l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN) et les organisations régionales africaines.
Le Nigeria constitue, dans cette stratégie, un point d’appui important. Le pays est le deuxième partenaire commercial de la Thaïlande en Afrique, avec des échanges bilatéraux évalués à 1,2 milliard de dollars en 2025. Les deux pays ont identifié plusieurs domaines de coopération, dont l’agriculture, l’énergie, l’industrie manufacturière, les technologies numériques, les services et la sécurité alimentaire.
Cette relation bilatérale pourrait aussi servir de passerelle vers une coopération plus large avec les organisations régionales africaines. Les autorités nigérianes ont récemment exprimé leur disponibilité à soutenir le rapprochement de la Thaïlande avec l’Union africaine et la CEDEAO dans le cadre de la TAI. Des discussions portent également sur le transfert de technologies agricoles, la formation des ressources humaines et le développement de l’industrie halal.
L’agriculture constitue déjà un terrain concret de coopération. Bangkok a développé avec le Nigeria un projet consacré aux technologies agricoles durables, avec la perspective d’étendre certaines expériences à d’autres pays africains et, à terme, à des mécanismes de coopération impliquant la CEDEAO ou l’Union africaine. La recherche agronomique fait aussi partie des domaines retenus par la TAI, notamment depuis la signature d’un accord entre l’université thaïlandaise Kasetsart et l’Africa Rice Center sur la recherche et le développement de variétés de riz adaptées aux besoins africains.
La rencontre d’Abuja intervient aussi alors que la CEDEAO cherche à consolider ses mécanismes d’intégration économique. Depuis le retrait officiel du Burkina Faso, du Mali et du Niger le 29 janvier 2025, l’organisation régionale compte désormais douze États membres. Elle poursuit parallèlement ses efforts autour de la mise en œuvre de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), avec l’objectif de renforcer les échanges intra-africains et l’accès aux marchés régionaux.
Pour la Thaïlande, la CEDEAO représente donc un interlocuteur régional susceptible de faciliter une approche plus coordonnée de l’Afrique de l’Ouest. Pour la Communauté, le rapprochement ouvre des perspectives vers un partenaire asiatique disposant d’une expérience reconnue dans plusieurs secteurs liés au développement, notamment l’agriculture, l’industrie, les technologies et la formation.
Les échanges du 26 août ne débouchent pas encore sur l’annonce d’un accord économique ou d’un programme régional précis. Ils posent plutôt les bases d’un dialogue appelé à se poursuivre. La visite du ministre thaïlandais, qui doit aussi conduire une délégation d’entreprises au Thailand-Nigeria Business Forum prévu à Lagos le 27 août, montre que la diplomatie de Bangkok accorde désormais une place plus nette aux échanges commerciaux et aux investissements dans sa relation avec l’Afrique.
Le rapprochement entre la CEDEAO et la Thaïlande se situe ainsi au croisement de deux ambitions. Bangkok cherche à renforcer sa présence économique et diplomatique en Afrique, tandis que l’Afrique de l’Ouest cherche à diversifier ses partenariats et à mobiliser de nouvelles compétences, technologies et sources d’investissement. La coopération Sud-Sud constitue le cadre privilégié de cette convergence.
