Le communiqué du 15 octobre des regroupements du « Manifeste Génération Togo » ressemble à un acte de fermeté. Il révèle surtout une opposition qui confond ses exigences avec sa capacité à les imposer.
L’arrêt de la Cour de justice de la CEDEAO peut constituer un levier juridique. Il ne confère ni majorité parlementaire, ni ancrage territorial, ni pouvoir de mobilisation. La justice tranche des questions de droit ; elle ne fabrique pas un rapport de force. Lui faire dire ce qu’elle n’a pas ordonné, notamment l’instauration d’une transition, relève davantage de l’exploitation politique que de la rigueur juridique.
Le véritable problème est ailleurs. Cette opposition réclame une transition, rejette le Cadre permanent de concertation (CPC), mais peine à démontrer comment elle compte obtenir satisfaction. Où sont ses forces parlementaires ? Ses relais municipaux et régionaux ? Ses structures capables de transformer les revendications en mobilisation populaire ? Ces questions sont incontournables.
Le boycott, érigé en stratégie permanente, n’a jamais remplacé le travail politique. En désertant les espaces de discussion sans proposer d’alternative crédible, l’opposition laisse aux autres le soin de décider. Refuser le CPC peut être un choix politique ; encore faut-il démontrer que cette absence rapporte davantage qu’une participation stratégique.
Quant aux appels à l’Union africaine et à la communauté internationale, ils ne sauraient suppléer les insuffisances internes. Aucun acteur extérieur ne construira à la place des Togolais une opposition organisée, représentative et capable de peser sur les décisions nationales.
La politique exige du sang-froid, des idées et une stratégie. Elle suppose de conquérir la confiance des citoyens, de bâtir des structures solides et de présenter des propositions précises. Multiplier les manifestes sans renforcer son implantation revient à prendre le discours pour l’action.
Le mur auquel se heurte aujourd’hui l’opposition n’est pas seulement celui du pouvoir. C’est aussi celui de ses propres insuffisances. On ne renverse pas un rapport de force avec un document, fût-il rendu à Abuja. On le construit par l’organisation, la stratégie et la confiance populaire.
