Port, corridors routiers, aéroport et plateformes industrielles : Lomé renforce son rôle de carrefour commercial en Afrique de l’Ouest. Pour le Togo, l’enjeu est désormais de convertir cette attractivité logistique en croissance économique, en emplois et en activités productives.
Le Port autonome de Lomé (PAL) a traité 2,4 millions d’équivalents vingt pieds (EVP) en 2025, contre 2,06 millions en 2024, soit une hausse de 16 %. Classé au 91e rang mondial et au cinquième rang africain dans le classement 2026 de Lloyd’s List, il confirme sa place parmi les principales plateformes portuaires du continent.
Cette progression renforce la position du Togo dans les échanges régionaux, mais pose une question centrale : quelle richesse le pays tire-t-il des marchandises qui transitent par son territoire ?
Le port constitue un point d’entrée et de redistribution pour les flux internationaux, notamment grâce au transbordement. Ses liaisons routières avec le Burkina Faso, le Mali et le Niger prolongent cette activité vers les économies enclavées de l’hinterland. Transporteurs, transitaires, manutentionnaires et opérateurs douaniers participent ainsi à une chaîne logistique qui génère des revenus et soutient de nombreuses activités de services.
Toutefois, la croissance des volumes portuaires ne se traduit pas automatiquement par une hausse équivalente de la richesse nationale. Les coûts de transport, les délais de passage et les formalités administratives influencent la compétitivité de l’ensemble de la chaîne. Pour consolider son avantage régional, le Togo doit donc faciliter la circulation des marchandises tout en renforçant les retombées économiques locales.
La plateforme industrielle d’Adétikopé (PIA) illustre cette volonté de dépasser la seule fonction de transit. Dotée d’un port sec d’une capacité de stockage de 12 500 EVP, elle associe les services logistiques à des activités de production et de transformation. En juin 2026, les investissements cumulés annoncés sur le site atteignaient 350 milliards de francs CFA, pour 6 580 emplois directs créés.
L’enjeu est stratégique : attirer des entreprises capables de transformer les matières premières, de développer des chaînes de valeur et de créer des emplois durables. En rapprochant les activités industrielles des infrastructures de transport, le Togo cherche à conserver sur son territoire une part plus importante des revenus générés par les échanges commerciaux.
L’aéroport international Gnassingbé Eyadema complète ce dispositif en facilitant la mobilité des opérateurs économiques et les liaisons avec les marchés africains. En 2025, il a accueilli 1 584 188 passagers, dont près de 30 % en transit. Associée au réseau de la compagnie Asky, cette connectivité renforce l’attractivité de Lomé pour les entreprises opérant à l’échelle régionale.
La performance de cet ensemble dépend néanmoins de la qualité des connexions entre les différentes infrastructures. Le financement de 200 millions de dollars, soit environ 115 milliards de francs CFA, approuvé par la Banque mondiale en juin 2026, doit notamment contribuer à améliorer les services logistiques et de transport. La réhabilitation de la ligne ferroviaire entre le port et la PIA figure parmi les investissements prévus, avec l’objectif de fluidifier les échanges et d’améliorer la mobilité dans le Grand Lomé.
Face à la concurrence des autres plateformes portuaires ouest-africaines, notamment celle de Tema, au Ghana, le Togo doit poursuivre ses efforts sur les coûts, les délais et la fiabilité des services.
Pour Lomé, la prochaine étape consiste moins à faire transiter davantage de marchandises qu’à tirer davantage de valeur de chaque flux commercial. La compétitivité logistique ne sera pleinement un levier de croissance que si elle stimule la production locale, favorise l’investissement privé et élargit les possibilités d’emploi. C’est à cette capacité de transformation économique que se mesurera, au-delà des performances portuaires, le succès de l’ambition régionale togolaise.
