Les luttes traditionnelles Evala reprennent ce samedi 11 juillet à Pya Lao, point de départ d’une célébration qui rythme chaque année la vie des communautés kabyè. Durant huit jours, les arènes de la préfecture de la Kozah accueilleront les jeunes initiés, les familles, les visiteurs et les passionnés de culture venus assister à l’un des rendez-vous les plus emblématiques du patrimoine togolais.
Bien plus qu’une succession de combats, Evala demeure un rite de passage vers l’âge adulte. Les jeunes, généralement âgés de 18 à 20 ans, suivent une initiation qui mêle préparation physique, discipline, maîtrise de soi et respect des valeurs communautaires. Ce parcours, transmis de génération en génération, conserve toute sa place dans l’organisation sociale du peuple kabyè.

Avant chaque duel, un chef traditionnel rappelle les règles du fair-play et le respect de l’adversaire. Les affrontements se déroulent ensuite selon des techniques codifiées où la force, l’équilibre, l’adresse et la stratégie se conjuguent. Les prises spectaculaires, les renversements de situation et les gestes de respect entre lutteurs donnent à chaque rencontre une dimension particulière.
L’initiation ne se limite toutefois pas aux arènes. Les futurs Evalou observent une période de préparation marquée par plusieurs exigences traditionnelles. Le séjour au sanctuaire des Evala, appelé Ahoyé, les différentes épreuves ainsi que l’entraînement quotidien participent à leur formation morale et physique. L’objectif reste de préparer de jeunes hommes capables d’assumer leurs responsabilités au sein de leur famille et de leur communauté.
Parallèlement aux compétitions, les différents cantons de la Kozah vivent au rythme des chants, des danses et des sonorités des flûtes et des castagnettes. De Pya à Tcharè, en passant par Lama, Landa, Lassa, Kouméa, Soumdina, Tchitchao, Yadè, Bohou, Sarakawa, Djamdè et Agbandè-Yaka dans la préfecture de Doufelgou, les espaces de festivités rassemblent artistes traditionnels, groupes folkloriques et populations dans une atmosphère de partage.
Chaque édition attire également un public venu de plusieurs régions du Togo ainsi que de nombreux visiteurs étrangers. Chercheurs, amateurs de patrimoine, membres de la diaspora et touristes profitent de cette période pour découvrir les traditions locales et parcourir les richesses de la région de la Kara. Les établissements d’hébergement, les services de restauration, les artisans et les commerçants enregistrent ainsi une activité soutenue durant les festivités.
Cette affluence permet aussi de mettre en lumière plusieurs sites connus de la région. Les visiteurs peuvent découvrir le musée régional de Kara, les monts Kabyè, le parc de Sarakawa, les villages de forgerons et de potières de Tcharè, les plaines de Niamtougou, la faille d’Alédjo ou encore le paysage culturel du Koutammakou, inscrit sur la Liste du patrimoine mondial de l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO).

Au fil des années, les luttes Evala ont conservé leur dimension culturelle tout en suscitant un intérêt grandissant au-delà des frontières nationales. Elles traduisent la volonté de préserver un héritage transmis depuis plusieurs siècles, tout en faisant découvrir aux nouvelles générations et aux visiteurs la richesse des traditions du peuple kabyè. Pendant toute cette semaine, la Kozah redeviendra ainsi le point de rencontre entre culture, mémoire collective et découverte du patrimoine togolais.
