L’essor rapide du numérique en Afrique s’accompagne d’une progression des cyberattaques. Le dernier rapport d’INTERPOL sur les cybermenaces met en lumière une hausse des escroqueries aux faux ordres de virement, aussi connues sous le nom de Business Email Compromise (BEC). Cette fraude figure désormais parmi les formes de criminalité en ligne les plus coûteuses pour les entreprises et les administrations du continent.
Le continent compte aujourd’hui plus de 500 millions d’internautes. Cette transformation favorise le développement des services numériques, du commerce électronique et des paiements dématérialisés. Elle élargit aussi le champ d’action des groupes criminels, qui exploitent les failles de sécurité et les techniques d’ingénierie sociale pour détourner des fonds ou obtenir des informations sensibles.
Les escroqueries aux faux ordres de virement reposent sur l’usurpation de l’identité d’un dirigeant, d’un partenaire commercial ou d’un fournisseur. Après avoir compromis une messagerie professionnelle ou créé une adresse électronique très proche de l’originale, les fraudeurs demandent un transfert d’argent vers un compte qu’ils contrôlent. Les montants en jeu atteignent parfois plusieurs millions de dollars avant que la fraude ne soit détectée.
Le phishing, ou hameçonnage, demeure toutefois la menace la plus répandue. Il représente 34 % des incidents recensés par INTERPOL. Les campagnes de rançongiciels, la sextorsion, les attaques par déni de service distribué et les contenus générés grâce à l’intelligence artificielle connaissent eux aussi une forte progression. Les outils d’IA rendent les messages frauduleux plus crédibles, facilitent l’usurpation d’identité et accélèrent l’automatisation des attaques.
Les conséquences économiques continuent de s’alourdir. Selon les estimations du rapport, les cyberincidents ont provoqué plus de 3 milliards de dollars de pertes en Afrique entre 2019 et 2025. Pour la seule année 2025, le coût dépasse un milliard de dollars, soit près de 575 milliards de francs CFA. Les secteurs de la finance, de la santé, de l’énergie et des services publics figurent parmi les plus exposés.
Face à cette évolution, INTERPOL a intensifié ses opérations avec les services de police africains et plusieurs partenaires privés. Ces actions coordonnées ont conduit à la saisie de centaines d’équipements informatiques, à la récupération de plus de 100 millions de dollars issus d’activités criminelles et à plus de 1 500 arrestations de suspects sur le continent.
L’organisation internationale estime que la réponse passe désormais par un renforcement des législations nationales, une montée en puissance des capacités techniques des services d’enquête et une coopération plus étroite entre les États africains. Elle souligne également la nécessité d’associer les institutions financières, les opérateurs de télécommunications et les entreprises technologiques afin d’améliorer le partage d’informations et de réduire les délais de détection des attaques.
