La parution d’un ouvrage consacré à Kléber Bawaina Dadjo remet en lumière une figure peu documentée de l’histoire contemporaine du Togo. Présenté le 6 août 2026 à l’auditorium du campus universitaire de Lomé, ce livre revient sur le parcours du premier officier togolais, devenu chef de l’État durant la transition de 1967. Il ouvre une série d’hommages qui se poursuivra le 12 août dans son village natal de Siou, dans la préfecture de Doufelgou.
Intitulé Le soldat Kléber Dadjo, premier officier de l’armée et président de la République (1933-1967), l’ouvrage est signé par le chercheur et journaliste Dr Evalo Wiyao. Composé de 156 pages, il retrace plus de trois décennies d’engagement militaire et de responsabilités publiques, depuis son incorporation dans l’armée française jusqu’à son passage à la tête de l’État togolais.

Cette publication s’inscrit dans les actions conduites par le Haut-Commissariat à la Réconciliation et au Renforcement de l’Unité Nationale (HCRRUN), en application des recommandations formulées par la Commission Vérité, Justice et Réconciliation (CVJR). Parmi celles-ci figurent des mesures destinées à mieux documenter l’histoire nationale et à préserver la mémoire de personnalités qui ont marqué la vie du pays.
Né le 12 août 1914 à Atakpamé, Kléber Dadjo rejoint l’armée française en 1933 à l’âge de 19 ans. Sa carrière le conduit progressivement aux grades supérieurs, avec plusieurs affectations, notamment en Extrême-Orient. De retour au Togo à la veille de l’indépendance, il participe à la structuration des premières forces nationales. Il devient commandant de la Garde togolaise, puis rejoint les Forces armées togolaises (FAT), où il poursuit son ascension jusqu’au grade de colonel.
L’ouvrage revient également sur le rôle qu’il exerce durant une période particulièrement sensible de l’histoire politique du pays. Après le départ de Nicolas Grunitzky le 13 janvier 1967, Kléber Dadjo est choisi pour assurer la transition à la tête de l’État. Trois mois plus tard, le 14 avril 1967, il remet le pouvoir au lieutenant-colonel Étienne Eyadéma, alors chef d’état-major des Forces armées togolaises. Cette présidence de transition demeure l’un des épisodes les plus courts de l’histoire politique togolaise.
Pour le présentateur de l’ouvrage, le professeur Bakayota Koffi Kpayé, cette recherche apporte un éclairage nouveau sur une période décisive de la construction de l’État. « “Soldat” dans le titre rappelle qu’il s’est toujours vu d’abord comme servant la nation, pas comme un politicien. C’est un ouvrage qui montre le parcours d’une figure emblématique de l’histoire politique et militaire de notre pays », a-t-il déclaré lors de la cérémonie de dédicace.
De son côté, Dr Evalo Wiyao explique que ce travail poursuit un double objectif. Il entend contribuer au devoir de mémoire tout en proposant une base documentaire destinée au monde universitaire. « L’objectif poursuivi est de mettre à la disposition du monde universitaire un ouvrage scientifique de référence qui pourra permettre qu’à l’avenir nos programmes d’enseignement de l’histoire prennent cela en compte », a-t-il indiqué.
La publication intervient alors que plusieurs pays africains accordent une attention croissante à la préservation de leurs archives et à la valorisation des parcours de leurs bâtisseurs. Au Togo, les travaux de recherche consacrés aux premières décennies de l’indépendance restent relativement peu nombreux, ce qui confère à cette biographie une place particulière dans la documentation historique disponible.
Les hommages consacrés à Kléber Dadjo se poursuivront le 12 août 2026 à Siou, dans la préfecture de Doufelgou. Cette cérémonie prolongera la démarche engagée avec la publication de l’ouvrage, en associant mémoire nationale, recherche historique et transmission aux nouvelles générations.
