La réforme du secteur électrique togolais entre dans une phase où la situation financière de la Compagnie Énergie Électrique du Togo (CEET) devient centrale. Malgré les progrès de l’accès à l’électricité, la société publique reste confrontée à des pertes importantes, un endettement élevé et un écart entre ses coûts et ses recettes.
La nomination de Yagou Ayeva à la direction générale de la CEET, en juin 2026, intervient dans cette séquence. Il devra notamment accompagner l’application des réformes et répondre aux difficultés relevées par l’Autorité de Réglementation du Secteur de l’Électricité (ARSE), notamment sur les installations, la pose des câbles et les dispositifs de sécurité.
À fin 2025, 400 542 ménages ruraux supplémentaires avaient été électrifiés, dont 259 864 grâce aux kits solaires et 140 678 par raccordement au réseau. Dans les Savanes, 68 809 ménages avaient été raccordés, pour une cible de 27 400. Cette extension accroît toutefois les besoins d’investissement alors que la CEET reste financièrement fragile.
Ses pertes sont estimées à environ 25 milliards de francs CFA en 2025, soit près de 0,4 % du produit intérieur brut. Sa dette atteignait environ 550 millions de dollars à fin 2024, avec une part rétrocédée par l’État. Le déséquilibre de la compagnie constitue donc également un enjeu pour les finances publiques.
Une hausse tarifaire a été appliquée en 2025 afin de réduire cet écart, tout en prévoyant la protection des ménages vulnérables. La Banque mondiale estime toutefois qu’un ajustement supplémentaire de 16 à 18 % par rapport aux niveaux tarifaires considérés dans son analyse serait nécessaire pour rétablir l’équilibre financier de la CEET.
Le gouvernement a choisi une trajectoire progressive. Son programme prévoit l’apurement des arriérés dus aux producteurs indépendants, un diagnostic complet de la CEET et la mise en place d’un contrat de performance assorti d’objectifs chiffrés et d’un calendrier précis.
Plusieurs réformes sont déjà engagées. Les statuts de la CEET ont été révisés, un cadre pour l’injection d’électricité renouvelable sur le réseau a été adopté et le déploiement des compteurs prépayés a été engagé. La réforme tarifaire reste toutefois partiellement appliquée, notamment en basse tension.
Pour la Banque mondiale, le principal enjeu est désormais l’exécution. « La priorité n’est plus l’adoption de nouvelles réformes mais leur mise en œuvre effective », souligne l’institution. La modernisation des systèmes de gestion, l’amélioration de la performance commerciale, l’autoproduction et l’adoption de la loi sur l’électricité figurent parmi les prochains chantiers.
Le gouvernement prévoit aussi, à moyen terme, un cadre tarifaire pluriannuel fondé sur les coûts, avec des mécanismes d’ajustement. Pour la CEET, la prochaine phase de la réforme devra ainsi rapprocher trois objectifs qui restent étroitement liés, la viabilité financière, la qualité du service et la poursuite de l’accès à l’électricité.
