Une amélioration mesurée dans les régions des Savanes et de la Kara traduit un renforcement des capacités de prise en charge des urgences néonatales. En 2024, les 222 formations sanitaires évaluées dans ces deux régions disposaient de moyens fonctionnels pour assurer la réanimation des nouveau-nés à la naissance, contre 88,8 % un an plus tôt.
Derrière ce chiffre se joue une question qui ne laisse guère de place au délai. Lorsqu’un bébé éprouve des difficultés à respirer au moment de la naissance, les premières minutes peuvent décider de son pronostic. La disponibilité immédiate d’un matériel adapté et fonctionnel devient alors une composante essentielle de la qualité des soins.
Les données attribuées au Fonds des Nations unies pour l’enfance (UNICEF) montrent une progression nette entre 2023 et 2024. La proportion des formations sanitaires disposant des capacités requises pour les services d’accouchement avec réanimation néonatale fonctionnelle est passée de 88,8 % à 100 % dans les Savanes et la Kara. Cela représente l’ensemble des 222 structures évaluées dans ces deux régions.
Cette évolution prend un relief particulier dans les territoires où l’accès aux soins spécialisés peut rester plus difficile. La présence d’équipements adaptés au niveau des structures qui accueillent les accouchements réduit la dépendance à une évacuation vers un établissement plus éloigné lorsque survient une détresse respiratoire à la naissance.
Le progrès enregistré ne repose toutefois pas sur le seul matériel. La réanimation néonatale exige aussi des agents capables d’identifier rapidement une situation critique et d’appliquer les gestes appropriés. Une étude réalisée au Togo sur les capacités de réanimation des principaux hôpitaux publics de référence avait déjà mis en évidence, au milieu des années 2000, des insuffisances dans les équipements comme dans les compétences du personnel.
Le système de santé togolais a depuis renforcé plusieurs composantes de l’offre de soins. En 2024, 1 710 agents du ministère de la Santé ont été affectés dans les directions régionales et certains centres hospitaliers préfectoraux. Dans les Savanes, 255 agents contractuels avaient aussi été recrutés dès 2023 pour les unités de soins périphériques.
Les données nationales montrent par ailleurs que les régions septentrionales disposent d’une activité obstétricale importante. Au premier trimestre 2024, les Savanes ont enregistré 8 802 accouchements, dont 89,8 % assistés par du personnel qualifié. La Kara en comptait 7 322, avec un taux d’accouchements assistés de 85,3 %.
Ces chiffres donnent une autre lecture à l’amélioration observée. Chaque équipement disponible ne concerne pas seulement une infrastructure ou un indicateur de performance. Il peut être mobilisé au moment où une équipe doit agir sans attendre pour assister un nouveau-né en difficulté.
La progression appelle aussi une exigence de continuité. Un équipement déclaré fonctionnel doit le rester. Cela suppose une maintenance régulière, des consommables disponibles, des contrôles périodiques et une formation entretenue des personnels. La qualité de la prise en charge ne dépend donc pas uniquement du taux de disponibilité relevé lors d’une évaluation.
Les investissements engagés dans le secteur de la santé vont dans cette direction. Le gouvernement a notamment lancé des programmes de construction, de réhabilitation et d’équipement de formations sanitaires, tandis que le Centre hospitalier universitaire de Kara bénéficie depuis 2024 du projet ELLIPSE, qui prévoit notamment un pôle mère-enfant doté d’équipements modernes de néonatologie.
Pour les Savanes et la Kara, le passage à 100 % des structures évaluées constitue ainsi un indicateur précis de l’évolution des capacités de soins au moment le plus vulnérable de la vie. La prochaine question sera celle de la durée, car sauver un premier souffle exige autant la disponibilité du matériel que la capacité du système à maintenir, jour après jour, les conditions qui permettent de l’utiliser.
