La visite de Bassirou Diomaye Faye au Parlement de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) a donné lieu à un plaidoyer en faveur d’une évolution du rôle de l’institution communautaire. Sa présidente, Hadja Mémounatou Ibrahima, a appelé à renforcer ses fonctions législatives et de contrôle afin de rapprocher davantage l’intégration régionale des citoyens.

Bassirou Diomaye Diakhar Faye a été reçu mardi 6 octobre 2026 au siège du Parlement de la CEDEAO, à Abuja, dans le cadre de sa première visite aux principales institutions communautaires depuis son accession à la présidence en exercice de l’Autorité des chefs d’État et de gouvernement. Il a été désigné à cette fonction lors du sommet du 19 juillet 2026 à Lungi, en Sierra Leone.
Devant le président sénégalais, Hadja Mémounatou Ibrahima a placé la question des prérogatives parlementaires au centre de son intervention. Vingt-cinq ans après son installation, a-t-elle rappelé, le Parlement demeure « essentiellement un organe consultatif » et ne dispose pas encore de l’ensemble des prérogatives d’une véritable assemblée législative.

L’évolution de ces compétences n’est pourtant pas absente des textes communautaires. L’Acte additionnel de décembre 2016 relatif au renforcement des prérogatives du Parlement a élargi ses possibilités d’examen et d’avis sur les politiques communautaires. Il prévoit aussi, à son article 18, l’élection des 115 députés au suffrage universel direct. Dans l’attente de la mise en œuvre de cette disposition, les représentants communautaires continuent d’être désignés par les parlements nationaux ou les organes équivalents des États membres.
C’est précisément sur cette représentation que la présidente du Parlement a insisté. Pour elle, l’intégration ouest-africaine ne peut être pensée uniquement comme une construction entre États. Elle doit aussi devenir « une œuvre des citoyens au service des citoyens ». Le renforcement des pouvoirs de l’assemblée et l’évolution de son mode de représentation se rejoignent ainsi dans une même exigence de participation populaire.

Face aux parlementaires, Bassirou Diomaye Faye a souligné la place de l’institution dans le dialogue régional, la démocratie, la participation citoyenne, la prévention des conflits, la médiation et le suivi des politiques communautaires. Il a présenté le Parlement comme un instrument important de l’intégration et de l’implication des populations dans la construction régionale.
Hadja Mémounatou Ibrahima a relié ces échanges aux orientations arrêtées lors du sommet de juillet sur l’avenir de l’intégration régionale. La Déclaration de Lungi, adoptée à l’issue de cette rencontre, constitue selon elle une perspective pour poursuivre la réflexion sur l’évolution des institutions communautaires. Le même sommet avait porté Bassirou Diomaye Faye à la présidence en exercice de la CEDEAO et désigné le général Birame Diop à la tête de la Commission, avec une prise de fonction au 1er septembre 2026.

La présidente du Parlement a, dans ce cadre, salué les priorités annoncées par le chef de l’État sénégalais pour son mandat, parmi lesquelles la sécurité collective, le dialogue, la cohésion régionale, la souveraineté économique et politique ainsi que la réforme des institutions communautaires. « Nous y voyons, Monsieur le Président, une occasion de consolider ensemble un Parlement communautaire plus fort, plus représentatif et plus impactant pour les populations », a-t-elle déclaré.
Le dialogue doit désormais se poursuivre dans l’enceinte parlementaire. Hadja Mémounatou Ibrahima a annoncé qu’une invitation serait adressée à Bassirou Diomaye Faye afin qu’il présente sa vision de l’Afrique de l’Ouest devant une prochaine session plénière.
Élue le 23 mai 2024 à Kano à la présidence de la sixième législature, Hadja Mémounatou Ibrahima est la première femme à occuper cette fonction depuis la création du Parlement communautaire en 2000.
