Le Togo mobilise 108,3 millions d’euros, soit près de 71 milliards de francs CFA, auprès d’Africa Finance Corporation pour accélérer la mécanisation agricole. Ce financement doit permettre de renforcer l’équipement des exploitations, de développer l’irrigation et d’améliorer les rendements dans le cadre du Programme de modernisation de l’agriculture togolaise (Promat).
Plus de 2 100 ensembles tracteur-remorque sont prévus pour les exploitations agricoles togolaises grâce à un financement souverain de 108,3 millions d’euros mobilisé par Africa Finance Corporation (AFC). D’une durée de dix ans, cette opération constitue le premier investissement souverain de l’institution financière au Togo.
L’enveloppe doit financer l’acquisition, l’assemblage et la distribution de matériels destinés à réduire les contraintes d’équipement qui pèsent sur la production agricole. Outre les 2 126 ensembles tracteur-remorque, le programme prévoit 1 020 semoirs et moissonneuses-batteuses, 930 unités d’irrigation et 95 systèmes d’adduction d’eau.
La mise à disposition de ces équipements doit faciliter les travaux de préparation des sols, les semis et les récoltes, tout en réduisant la pénibilité du travail. Le développement de l’irrigation doit, de son côté, contribuer à limiter la dépendance des producteurs aux pluies et à améliorer la maîtrise des cycles de production.
L’enjeu est particulièrement important pour les exploitations familiales, dont les capacités d’investissement ne permettent pas toujours l’acquisition individuelle de machines agricoles. L’efficacité du dispositif dépendra donc des conditions d’accès au matériel, du coût des prestations, de la disponibilité des pièces de rechange et de la capacité des structures chargées de l’entretien à assurer un service régulier.
Un investissement au cœur du Promat
Le financement de l’AFC s’inscrit dans le Programme de modernisation de l’agriculture togolaise (Promat), qui couvre la période 2025-2034. Cette stratégie vise à améliorer la productivité des exploitations, à étendre les infrastructures d’irrigation, à faciliter le financement agricole et à développer la transformation locale des productions.
Les autorités cherchent ainsi à agir sur les différents facteurs qui limitent les performances du secteur. La mécanisation doit permettre d’accroître les capacités de production, tandis que l’amélioration des infrastructures et l’organisation des filières doivent faciliter la valorisation des récoltes.
Les Zones d’aménagement agricole planifiées (Zaap) participent à cette orientation. Elles regroupent les producteurs sur des espaces aménagés afin de faciliter leur accès aux intrants, aux équipements et aux services agricoles.
En 2023, le Togo comptait 130 Zaap couvrant environ 12 608 hectares. Les rendements qui y ont été enregistrés dépassaient ceux observés hors de ces zones de 33,5 % pour le sorgho, de 77,5 % pour le maïs, de 18,25 % pour le riz et de 30 % pour le soja.
Les revenus moyens déclarés atteignaient 397 250 francs CFA dans les Zaap, contre 291 600 francs CFA en dehors de ces périmètres. Ces écarts donnent une indication du potentiel d’une production mieux organisée, même si les résultats dépendent aussi des conditions de culture et des moyens disponibles dans chaque exploitation.
Des financements complémentaires pour changer d’échelle
L’investissement de l’AFC vient s’ajouter au financement de 300 millions de dollars, soit environ 170 milliards de francs CFA, approuvé par la Banque mondiale en juin 2025 pour soutenir la modernisation agricole et le développement de l’agroalimentaire au Togo.
Ce programme prévoit l’extension des infrastructures hydrauliques, l’amélioration de l’accès aux équipements et la diffusion de pratiques agricoles adaptées aux changements climatiques. Il ambitionne de permettre à 7 200 hectares supplémentaires de bénéficier de services d’irrigation et de drainage, tandis qu’environ 50 000 hectares devraient être concernés par des pratiques de gestion agricole durable.
Les objectifs comprennent également la création de 72 500 emplois et des bénéfices attendus pour plus de 340 000 agriculteurs, dont 114 000 femmes et 102 000 jeunes.
Le déploiement des Centres régionaux de mécanisation agricole (CRMA) complète cette stratégie. En proposant des services de location, d’entretien et de travaux mécanisés, ces structures doivent rapprocher les équipements des producteurs qui ne disposent pas des ressources nécessaires pour les acquérir.
L’expérience du Programme national d’investissement agricole et de sécurité alimentaire (Pniasa) rappelle l’importance des investissements dans le secteur. Entre 2010 et 2017, la croissance agricole est passée de 3,95 % à 7,7 %, tandis que la valeur du produit intérieur brut agricole progressait de 644,26 milliards à 1 168,15 milliards de francs CFA. Ces évolutions ne peuvent toutefois être imputées au seul programme sans tenir compte des autres facteurs économiques et agricoles.
Avec les 71 milliards de francs CFA mobilisés auprès de l’AFC, le défi consiste désormais à transformer les équipements annoncés en gains durables de productivité. Leur répartition entre les régions, leur accessibilité aux petits exploitants et leur utilisation effective pèseront sur les résultats. La progression de la production et des revenus ruraux dépendra aussi de l’accès à l’eau, aux intrants, aux débouchés commerciaux et aux infrastructures de transformation.
