La visite du Président du Conseil, Faure Essozimna Gnassingbé, en Chine, du 9 au 16 octobre 2026, a débouché sur quinze accords de coopération et une progression marquée des échanges commerciaux entre les deux pays. Pour le Togo, l’enjeu est désormais de convertir ces engagements et ces débouchés en investissements productifs, en valeur ajoutée locale et en emplois durables.
Les échanges commerciaux entre Lomé et Pékin ont atteint 5,43 milliards de dollars en 2025, contre 3,5 milliards en 2024, soit une hausse d’environ 55 %. Cette progression illustre la place grandissante de la Chine dans les relations économiques togolaises. Elle soulève aussi une question essentielle pour l’économie nationale, celle de la capacité des entreprises locales à tirer profit de cette intensification des échanges.
Les exportations togolaises vers le marché chinois sont passées de 250 millions de dollars en 2024 à 1,28 milliard en 2025, selon les chiffres communiqués. Cette évolution élargit les perspectives commerciales, mais la progression des volumes ne renseigne pas, à elle seule, sur les revenus conservés dans le pays, les emplois créés ou les activités industrielles développées. La structure des exportations et le degré de transformation des produits pèseront sur les retombées économiques de cette relation.
L’accord relatif aux exigences phytosanitaires pour l’exportation du soja togolais vers la Chine offre une illustration concrète des possibilités ouvertes. L’accès à ce marché peut élargir les débouchés des producteurs et soutenir le développement de la filière. Pour en tirer des revenus plus importants, les opérateurs devront toutefois répondre aux normes sanitaires, garantir la qualité des récoltes et améliorer les circuits de collecte et de commercialisation. La transformation du soja sur le territoire national permettrait aussi de conserver une part plus élevée de la valeur ajoutée au Togo.
Les accords conclus avec Huawei et Ecobank Group concernent deux autres leviers susceptibles de faciliter l’activité des entreprises, les infrastructures numériques et les paiements transfrontaliers. Le partenariat avec Huawei porte sur la transformation numérique, notamment dans la connectivité, l’énergie, les transports intelligents et les services douaniers. Une modernisation de ces dispositifs pourrait simplifier certaines opérations économiques et réduire les contraintes administratives ou logistiques auxquelles sont confrontés les opérateurs.
Le rapprochement entre Ecobank Group et le système chinois de paiements transfrontaliers CIPS vise à faciliter les transactions en renminbi entre la Chine et l’Afrique. Pour les entreprises togolaises qui commercent avec des partenaires chinois, ce dispositif pourrait simplifier les règlements internationaux. Son utilité dépendra cependant des coûts appliqués, des conditions d’accès et de la capacité des petites et moyennes entreprises à en faire usage.
Au total, treize des quinze accords signés pendant la visite concernent l’action gouvernementale, tandis que deux portent directement sur des partenariats avec le secteur privé, avec Huawei et Ecobank. Les engagements couvrent plusieurs domaines, dont l’agriculture, l’industrie, le commerce, les finances, le numérique, le développement vert, les médias et la formation. Ils comprennent également un protocole prévoyant une annulation partielle de la dette du gouvernement togolais, ainsi que des dispositions sur le commerce électronique et la facilitation des échanges douaniers dans le cadre du programme des Opérateurs économiques agréés.
Les déplacements effectués dans les provinces chinoises du Shaanxi, du Fujian et du Guangdong ont élargi les perspectives de coopération à l’agriculture intelligente, à l’industrie, aux infrastructures portuaires et à la recherche océanographique. Un cadre de coopération entre le Shaanxi et la région togolaise de la Kara prévoit des échanges dans l’agriculture, l’énergie et la gestion des ressources naturelles. La concrétisation de ces pistes dépendra de la mise en place de projets précis, adaptés aux besoins locaux et capables de mobiliser les compétences et les entreprises togolaises.
Sur le plan politique, les entretiens de Faure Essozimna Gnassingbé avec le président chinois Xi Jinping, le Premier ministre Li Qiang et Zhao Leji, président du Comité permanent de l’Assemblée populaire nationale, ont confirmé la volonté des deux pays de poursuivre leur rapprochement. La déclaration conjointe adoptée à Pékin fait notamment référence au soutien de la Chine aux réformes institutionnelles du Togo et à la mise en œuvre de la Feuille de route gouvernementale 2026-2031. Ce cadre diplomatique accompagne les engagements économiques, dont les effets dépendront de leur traduction en réalisations concrètes.
La question de l’emploi reste au cœur de cette équation. Les investissements dans le numérique, l’agriculture et l’industrie peuvent ouvrir des débouchés professionnels, mais les retombées dépendront des activités effectivement développées, du recours aux compétences locales et de la capacité des entreprises togolaises à intégrer les nouvelles chaînes de valeur. L’accès au financement, la formation professionnelle et l’accompagnement des producteurs dans le respect des normes internationales seront déterminants pour élargir ces possibilités.
La mise en œuvre des quinze accords constituera donc le principal indicateur de leurs retombées pour l’économie togolaise. Le suivi des projets, des investissements mobilisés, des entreprises bénéficiaires et des emplois créés permettra de mesurer ce que le rapprochement avec Pékin apporte réellement au tissu productif national. Les 5,43 milliards de dollars d’échanges enregistrés en 2025 donnent la mesure de la relation commerciale existante ; la capacité à transformer cette dynamique en richesse produite localement reste le défi à relever.
