Alors que le Togo célèbre en octobre le Mois du « consommer local », la hausse des prix du riz indien souligne la vulnérabilité du marché national aux approvisionnements extérieurs. Avec une facture d’importation qui a atteint jusqu’à 43 milliards de francs CFA par an entre 2016 et 2023, l’accroissement de la production nationale reste un enjeu économique majeur.
Lors de la Conférence internationale sur le riz de Bharat (BIRC) 2026, à New Delhi, un importateur togolais a fait état des difficultés rencontrées pour réserver de grandes quantités de riz indien. Il attribue le renchérissement des prix à une récolte insuffisante, liée à des problèmes de précipitations. Les disponibilités limitées compliquent les achats des opérateurs africains, même si la demande reste soutenue.
L’Inde n’est pas le seul fournisseur du Togo. Les importateurs s’approvisionnent aussi au Pakistan et au Vietnam, ainsi qu’en Thaïlande. Mais la possibilité de réorienter les commandes dépend des volumes disponibles, des prix, de la qualité du riz et des coûts de transport.
En 2024, le Togo a importé environ 490 000 tonnes de riz, pour une valeur estimée à 74,4 millions de dollars. L’Inde représentait à elle seule près de 364 000 tonnes, loin devant le Pakistan, avec quelque 56 000 tonnes, et le Vietnam, autour de 17 000 tonnes. Cette concentration des achats expose le marché togolais aux aléas de l’offre et des prix chez ses principaux fournisseurs.
La dépendance extérieure pèse aussi sur les finances du pays. Entre 2016 et 2023, la facture annuelle des importations de riz a oscillé entre 11 et 43 milliards de francs CFA. Réduire cette exposition suppose de renforcer les capacités de production locales, alors que le riz demeure une denrée de grande consommation.
En mission au Togo, le commissaire de l’Union africaine chargé de l’agriculture, du développement rural, de l’économie bleue et de l’environnement durable, Moses Vilakati, a appelé à accroître la production nationale. Il a cité le maïs, dont la production couvre désormais les besoins du pays selon lui, comme un précédent encourageant pour la filière rizicole.
Le potentiel existe dans plusieurs régions. Les zones rizicoles comprennent notamment la plaine de l’Oti, dans les Savanes, les environs de Sotouboua dans la région Centrale, Amou, Kpélé et l’Est-Mono dans les Plateaux, ainsi que Kovié et Agomé-Glozou dans la Maritime. Les environs de Notsè présentent également, selon Moses Vilakati, des possibilités pour la riziculture et les cultures oléagineuses.
Les obstacles restent toutefois importants. Les rendements sont faibles, l’aménagement et la gestion des bas-fonds demeurent insuffisants et l’accès aux semences certifiées ainsi qu’aux engrais reste difficile pour de nombreux producteurs. Le Programme de résilience du système alimentaire en Afrique de l’Ouest (FSRP) fait du riz l’une de ses filières prioritaires.
Actualisée en 2020, la stratégie nationale de développement de la riziculture fixe un objectif ambitieux, celui de faire passer la production de 145 489 tonnes en 2019 à plus de 1,1 million de tonnes en 2030. L’atteinte de cette cible dépendra de la capacité à améliorer les rendements, à étendre les superficies aménagées et à mieux organiser la transformation et la commercialisation.
L’Union africaine se dit prête à accompagner le Togo, en collaboration avec la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO). Elle encourage aussi la recherche de débouchés régionaux pour les excédents agricoles, en particulier le maïs, une fois les besoins nationaux couverts.
