Le gouvernement togolais vient d’adopter un décret qui pourrait transformer en profondeur le paysage éducatif du pays. Le nouveau dispositif permet désormais aux élèves et étudiants de naviguer plus facilement entre l’enseignement primaire et secondaire, l’alphabétisation, l’enseignement technique et la formation professionnelle (ETFP), et l’enseignement supérieur. Cette réforme devrait permettre à chaque Togolais de construire son parcours de formation de manière flexible et adaptée à ses aspirations.
La formation en alternance au cœur du dispositif
L’une des innovations majeures du décret concerne la promotion de la formation en alternance, également appelée formation duale. Ce système, qui combine apprentissage théorique en centre de formation et expérience pratique en entreprise, est reconnu pour son efficacité dans l’insertion professionnelle des jeunes.
Le texte prévoit la signature de conventions entre les établissements de formation et les entreprises d’accueil, qu’il s’agisse de très petites entreprises (TPE), de PME, de grandes entreprises, de coopératives ou d’ateliers artisanaux. Une disposition particulièrement importante dans le contexte togolais où le secteur informel joue un rôle économique majeur.
Des parcours adaptés à chaque profil
Le décret établit des critères d’accès précis pour chaque niveau de qualification :
– Vers le Certificat Initial de Fin d’Apprentissage (CIFA) : ouvert aux personnes n’ayant pas été scolarisées ou ayant suivi un parcours d’alphabétisation fonctionnelle, ainsi qu’aux apprenants issus de dispositifs d’éducation non formelle.
-Vers le Certificat de Qualification Professionnelle (CQP) : accessible aux titulaires du CIFA avec trois ans d’expérience professionnelle pertinente, ainsi qu’aux élèves de troisième et aux titulaires de diplômes équivalents.
– Vers le Baccalauréat Professionnel : les titulaires de BEP ou CAP avec deux ans d’expérience peuvent désormais accéder à ce niveau, ouvrant ainsi la voie vers l’enseignement supérieur.
La reconnaissance des acquis de l’expérience
C’est une autre innovation de taille, le décret institutionnalise la Reconnaissance des Acquis et Validation des Acquis de l’Expérience (RAC/VAE). Cette procédure permet de valider tout ou partie d’un diplôme sur la base de compétences démontrées et d’expérience professionnelle, sans nécessairement suivre l’intégralité du cursus classique.
Cette mesure reconnaît enfin la valeur de l’apprentissage informel et de l’expérience professionnelle, offrant une seconde chance à ceux qui ont quitté le système scolaire prématurément.
Des unités de compétences pour une formation modulaire
Le système d’unités de compétences (UC) introduit une approche modulaire de la qualification. Les apprenants peuvent progressivement acquérir et valider des blocs de compétences spécifiques, facilitant ainsi les parcours personnalisés et la formation tout au long de la vie.
Inclusion des établissements privés
Le dispositif s’applique aussi bien aux établissements publics que privés autorisés, y compris les ateliers de maîtres artisans et les entreprises formelles dûment enregistrées. Toutefois, les candidats issus d’établissements privés devront se soumettre aux mêmes tests de positionnement et critères de dispenses que ceux du public.
Une assurance pour sécuriser les parcours
Le décret prévoit également une assurance responsabilité civile scolaire couvrant les dommages matériels et corporels causés par les apprenants pendant les activités scolaires et extrascolaires, y compris lors des périodes en entreprise. Cette mesure vise à sécuriser les parcours en alternance et à rassurer tant les familles que les entreprises d’accueil.
Formation à distance et plateforme sécurisée
Anticipant les évolutions technologiques, le texte autorise la formation ouverte et à distance (FOAD), assurée par des établissements accrédités via une plateforme sécurisée avec un tutorat minimal hebdomadaire et des modalités de vérification d’identité.
Les défis de la mise en œuvre
Si cette réforme est saluée par les acteurs de l’éducation, sa réussite dépendra de plusieurs facteurs : la capacité d’accueil des établissements de formation professionnelle, la disponibilité des entreprises à participer au dispositif d’alternance, et les moyens financiers alloués à sa mise en œuvre.
Les prochains mois seront décisifs pour observer comment ce nouveau cadre se traduira concrètement dans la vie des apprenants togolais. Une chose est certaine, le Togo vient de franchir une étape importante vers un système éducatif plus inclusif et mieux adapté aux réalités du marché du travail.
