Ce vendredi 14 novembre, le gouvernement a tenue du premier Conseil des ministres de la Vème République. Au-delà du symbole institutionnel, cette séance inaugurale a placé les préoccupations sociales au centre de l’action gouvernementale. Présidée par Monsieur Faure Essozimna Gnassingbé, Président du Conseil, cette réunion fondatrice a marqué l’entrée officielle dans le nouveau cadre institutionnel. Mais ce qui retient l’attention, c’est moins la solennité de l’événement que le contenu des décisions prises et les priorités affichées par le nouveau régime.
D’emblée, le ton est donné. Près de la moitié du budget national, exactement 48% sera consacré aux dépenses sociales. Santé, éducation, protection sociale : ces trois piliers concentreront l’essentiel des efforts financiers du gouvernement. Un choix qui témoigne d’une vision où le développement humain prime sur les considérations purement économiques.

Cette orientation n’est pas qu’une question de chiffres. Elle se traduit par des mesures concrètes qui toucheront directement la vie quotidienne des Togolais. Trois innovations majeures illustrent cette volonté de changement. Elles constituent autant de signaux forts adressés aux catégories les plus vulnérables de la population.
La première mesure concerne les personnes à mobilité réduite. Trop longtemps marginalisées sur le marché du travail, elles bénéficieront désormais d’un crédit d’impôts destiné à encourager leur recrutement. Cette initiative dépasse la simple logique comptable. Elle traduit une ambition d’inclusion, reconnaissant enfin que le handicap ne saurait constituer un frein à la contribution économique et sociale.
Les jeunes et les femmes entrepreneurs ne sont pas oubliés. Des facilités de paiement pour les droits d’enregistrement des marchés leur seront accordées. Cette disposition vise à lever l’un des obstacles majeurs à l’entrepreneuriat : l’accès au financement et la réduction des coûts administratifs. Dans un pays où le secteur informel domine largement, cette mesure pourrait favoriser la formalisation de nombreuses activités économiques portées par ces deux segments de la population.

Quant à l’exonération de taxes à l’importation pour la provenderie en 2026, elle s’inscrit dans une logique de souveraineté alimentaire. En réduisant les coûts de production dans l’élevage, le gouvernement entend stimuler ce secteur vital pour l’alimentation des populations. Une stratégie qui pourrait avoir des répercussions positives sur les prix à la consommation et sur la sécurité alimentaire du pays.
Ces trois mesures révèlent une philosophie de gouvernance : agir sur les leviers qui permettent aux citoyens de s’autonomiser plutôt que de créer des mécanismes d’assistance. Il ne s’agit pas de distribuer des subsides, mais de créer les conditions pour que chacun puisse contribuer au développement national selon ses capacités.
Le Président du Conseil a d’ailleurs insisté sur cette dimension lors de cette première séance. Son message aux ministres est sans équivoque : l’impact réel sur la vie quotidienne des populations doit être la boussole de toute action gouvernementale. Fini le temps des politiques publiques conçues dans les bureaux climatisés et déconnectées des réalités du terrain.
Cette exigence se double d’un impératif de résultats. Les ministres devront effectuer régulièrement des suivis sur site pour apprécier l’évolution des projets. Cette approche pragmatique vise à réduire l’écart entre les ambitions affichées et les réalisations concrètes. Un défi de taille dans un contexte où les attentes des populations sont immenses.
L’accent mis sur la production locale constitue un autre axe majeur de cette politique sociale. En encourageant la fabrication de biens et services sur le territoire national, le gouvernement entend créer des emplois durables, particulièrement pour les jeunes et les femmes. Cette stratégie répond à une double préoccupation : réduire le chômage et diminuer la dépendance aux importations.
La transformation économique bénéficiera d’ailleurs d’une augmentation budgétaire substantielle de 29,3%. Loin d’être contradictoire avec l’orientation sociale, cet investissement massif dans les secteurs productifs tels que l’agriculture, l’industrie et le numérique – vise à créer les conditions d’une prospérité partagée. L’idée est simple : pas de politique sociale durable sans une base économique solide.
Cette approche équilibrée entre justice sociale et développement économique transparaît dans l’ensemble des décisions prises lors de ce premier Conseil. Elle rompt avec une vision binaire qui opposerait croissance et redistribution. Au contraire, le gouvernement semble parier sur leur complémentarité.
La sécurité n’est pas négligée pour autant. Des ressources importantes seront mobilisées pour protéger le pays contre les menaces multiformes. Cette préoccupation sécuritaire rejoint la dimension sociale : sans paix et stabilité, aucun projet de développement ne peut prospérer. Les populations ont besoin de se sentir en sécurité pour vaquer à leurs activités quotidiennes.
Le contexte international dans lequel s’inscrit cette politique sociale mérite d’être souligné. Alors que la croissance mondiale reste modérée et inégale, le Togo fait le pari d’investir massivement dans son capital humain. Un choix audacieux qui contraste avec les politiques d’austérité observées ailleurs.
Cette orientation sociale s’accompagne d’une gestion rigoureuse des finances publiques. Le respect des critères de convergence de l’UEMOA et des engagements vis-à-vis du FMI témoigne de cette rigueur. L’équilibre entre ambition sociale et orthodoxie budgétaire constitue l’un des défis majeurs que devra relever le nouveau régime.
La dimension régionale de cette politique sociale ne doit pas être sous-estimée. Dans un espace CEDEAO confronté à des défis sécuritaires et humanitaires majeurs, l’investissement dans le bien-être des populations peut constituer un rempart contre l’instabilité. Des citoyens éduqués, en bonne santé et économiquement autonomes sont moins vulnérables aux discours extrémistes et aux tentations de la violence.
Ce premier Conseil des ministres de la Vème République aura ainsi donné le la. L’orientation sociale affirmée, loin d’être un simple habillage rhétorique, se traduit par des mesures concrètes et un engagement budgétaire massif. Reste à savoir si cette ambition résistera aux aléas de la conjoncture et aux contraintes de la mise en œuvre.
Les prochains mois seront décisifs pour juger de la capacité du nouveau régime à traduire ces intentions en améliorations tangibles du quotidien des Togolais. Une chose est certaine : la Vème République a choisi de placer l’humain au cœur de son projet. Un pari audacieux dans un monde où les considérations économiques tendent souvent à éclipser les impératifs sociaux.
