Naître ne suffit pas. Il faut également exister aux yeux de l’État. Le Togo mène depuis plusieurs années un combat déterminé contre le fléau des naissances non enregistrées, qui prive encore trop d’enfants de leur droit fondamental à une identité légale. Entre réformes administratives, innovations technologiques et volonté politique affirmée, les résultats commencent enfin à se concrétiser.
La commune du Golfe 3, à Lomé, illustre parfaitement cette mutation. Le 28 mars 2024, la mairie a franchi un cap décisif en digitalisant les déclarations de naissance et de décès. Cette transformation s’appuie sur les plateformes Hospi-connect et Hospi-gestion, développées avec l’appui du Programme des Nations unies pour le développement.
Désormais, les agents d’état civil sont directement connectés aux centres de santé. Ils reçoivent instantanément les déclarations depuis les maternités et hôpitaux. Les files d’attente interminables appartiennent au passé. Les allers-retours épuisants entre établissements de santé et services municipaux ne sont plus qu’un mauvais souvenir. Tout se règle en quelques clics.
Cette initiative pilote vise à simplifier la vie des citoyens tout en garantissant que chaque naissance soit enregistrée dans le délai légal de 45 jours. Les chiffres témoignent de l’efficacité du dispositif. Le taux de déclaration dans la commune du Golfe 3 est passé de 11,92 % en 2023 à 27,61 % entre avril et novembre 2024. Plus de 14 800 personnes, dont 5 920 femmes, ont ainsi pu obtenir leur acte de naissance grâce à cette innovation numérique.
La technologie n’opère cependant pas seule. Dans la région des Lacs, une politique d’enregistrement systématique a permis une progression remarquable. Le nombre d’actes établis est passé de 700 en 2019 à 1 975 en 2020, puis à 2 599 en 2022. Le taux de couverture dépasse désormais 98 %, une performance qui place cette région parmi les plus performantes du pays.
Sur la période de janvier à octobre 2023, le taux d’établissement atteignait encore 94 %. Cette constance témoigne d’une mobilisation durable des équipes locales et d’une sensibilisation efficace des populations. La région des Lacs prouve qu’avec de la méthode et de la persévérance, l’enregistrement universel reste à portée de main.
Depuis janvier 2022, l’établissement des actes de naissance est devenu gratuit sur l’ensemble du territoire national. Cette mesure supprime un obstacle majeur pour de nombreuses familles, particulièrement les plus vulnérables. L’État compense cette gratuité en remboursant les communes à hauteur de 1 000 francs CFA par acte délivré.
Le mécanisme fonctionne de manière rigoureuse. Les remboursements sont effectués chaque trimestre sur la base de rapports validés par les préfets et les ministères de tutelle. Cette organisation garantit la traçabilité des opérations tout en maintenant la motivation des services municipaux.
Le renforcement des capacités des acteurs constitue un autre pilier de cette stratégie. En septembre 2025, le ministère de l’Administration territoriale a validé un nouveau guide pratique destiné aux agents d’état civil, élaboré avec l’appui de l’Unicef. Ce manuel actualisé uniformise les pratiques et garantit la fiabilité des données personnelles.
Pendant longtemps, le système a souffert d’un manque d’outils clairs et harmonisés. Les agents travaillaient parfois selon des procédures divergentes, ce qui générait des incohérences dans les registres. Le nouveau guide met fin à ces approximations en posant un cadre précis et commun à tous les services.
Le Togo s’inscrit ainsi dans une dynamique régionale où l’enregistrement des naissances demeure un défi majeur. Selon l’Unicef, la moyenne ouest-africaine plafonne autour de 45 % des enfants de moins de cinq ans enregistrés à l’état civil. Le contraste avec les performances togolaises dans certaines régions révèle l’efficacité des politiques mises en œuvre.
Dans le sillage de sa stratégie nationale de digitalisation de 75 % des démarches administratives d’ici 2025, le pays ambitionne de garantir à chaque enfant une existence légale dès sa venue au monde. Cette vision s’accompagne d’investissements technologiques, de formations continues et d’une communication soutenue auprès des populations.
Les prochains mois diront si le modèle expérimenté dans la commune du Golfe 3 peut être étendu à l’ensemble du territoire. Les premiers résultats encouragent l’optimisme. La digitalisation prouve qu’elle peut transformer des processus administratifs longtemps considérés comme complexes et inaccessibles.
